Une classe inversée est-elle possible en Philosophie ? Le projet collaboratif “micro-philo”

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Motivation & principes généraux :

En classe de philosophie, nous passons beaucoup de temps à expliquer des points théoriques complexes, qui demandent du temps, de la concentration de la part des élèves, et qui obligent le professeur à se répéter d’une classe à l’autre. Evidemment ce temps est utile, mais il a aussi pour effet de diminuer le temps de discussion et d’appropriation pour les élèves, qui ne peuvent faire cela qu’après le cours, en-dehors de la classe, et beaucoup d’entre eux le font peu ou mal. L’idée d’ “inverser la classe” serait alors, certainement pas de remplacer le professeur par des vidéos (ce qui est une simplification caricaturale), mais de proposer un autre type d’organisation dans le temps :

  • enregistrer une fois pour toutes ce contenu théorique et demander aux élèves de le visionner en amont du cours. Ils auront donc eu un temps d’appropriation, différent pour chacun ;
  • s’assurer que tous les élèves ont une compréhension minimale du contenu auxquels ils ont été exposés. Si quelques-uns ne visionnent pas chez eux, ils pourront le faire sur le pc de la salle en rattrapant leur retard sur les autres. Si la compréhension est très inégale dans la classe, il sera possible d’organiser différents groupes et d’imaginer des exercices différenciés ;
  • mobiliser ce contenu théorique pour une tâche précise de réactualisation, comme la compréhension d’un texte ou d’une question de dissertation, un débat ou d’autres encore qui restent à imaginer ;
  • enfin, parvenir à problématiser ce contenu théorique, à en interroger les présupposés et les limites ;
  • dernière étape, facultative mais dont il faudrait examiner la pertinence : proposer aux élèves de créer à leur tour une capsule permettant de s’approprier un contenu ; s’ils savent l’expliquer sous cette forme, alors cela nous garantit qu’ils en ont une maîtrise théorique suffisante.

Evidemment tout le cours de Terminale ne pourrait pas se faire sous cette forme ; mais il serait plus simple pour le professeur d’amener à interroger un contenu théorique s’il a déjà fait l’objet d’une première acquisition en amont du cours.

Chantier :

La pratique de la classe inversée est assez répandue dans pas mal de disciplines, mais pas vraiment en philosophie à ma connaissance. Evidemment elle s’expose déjà à quelques critiques initiales qui peuvent faire hésiter à s’y engager, et qui peuvent au contraire encourager la critique sans aucune mise à l’épreuve pratique. Mais la principale difficulté à résoudre, c’est l’investissement que cela demande pour un prof seul de réaliser une petite capsule vidéo (de quelques minutes) avec les moyens techniques du bord. D’où l’idée de s’y mettre à plusieurs, si plusieurs se manifestent.

Créer de courtes capsules vidéos

présentant un point particulier, à réutiliser/discuter en classe par la suite, par exemple :

  • apprendre à maîtriser un repère du programme : subjectif/objectif, nécessité/contrainte/obligation…
  • exposer un point de doctrine précis (pas toute la philosophie d’un auteur), les grandes lignes de la classification des désirs selon Epicure ou le critère de réfutabilité/falsification selon Popper etc.
  • l’explication d’une courte citation d’auteur
  • l’analyse d’une oeuvre d’art ?
  • d’autres propositions ?

Créer un questionnaire de vérification,

dans lequel la vidéo sera incrustée et suivie de courtes questions, permettant de s’assurer que la vidéo a bien été visionnée et de préparer le travail en classe.

Créer de courts exercices automatiques

(avec autocorrection) avec des degrés de complexité différents.

Ensuite,

Imaginer des exercices en classes

permettant de remobiliser ces connaissances et de les réinterroger différemment, seul ou en groupe, avec l’aide du professeur, avec ou sans évaluation chiffrée.

 

Un exemple :

Voici plusieurs exemples de capsules vidéos que j’ai enregistrées avec les moyens du bord.

Pour réaliser cette vidéo, j’ai d’abord utilisé Google Slides pour concevoir le diaporama, l’avantage étant de pouvoir collaborer à plusieurs à distance . 

Ensuite pour l’enregistrement de la voix off, j’ai utilisé 2 logiciels différents :

  • sur pc, le logiciel en ligne gratuit screencast-o-matic permet la capture avec voix off, 
  • sur mac, le logiciel natif Keynote permet d’enregistrer la narration d’un diaporama.

J’ai ensuite conçu de courts exercices de vérification en ligne (un exemple ici à propos du repère subjectif / objectif), qui accompagnent chaque vidéo ; et il ne reste plus qu’à élaborer des exercices en classe.

Organisation :

  • se mettre d’accord sur des contenus à enregistrer en priorité
  • construire des diaporamas collaboratifs avec des schémas possibles, des exemples, images, citations utiles pour acquérir les connaissances souhaitées (mais en réduisant à l’essentiel).

Un template Google Slides : en cliquant sur ce lien vous pourrez créer votre propre diaporama à partir d’un modèle pré-formaté

  • procéder à un enregistrement du diaporama avec une voix off (éviter de dépasser 5 minutes), diffuser la vidéo entre collègues pour d’éventuelles corrections (notamment en utilisant les groupes professionnels sur les réseaux sociaux).
  • concevoir de courts exercices de vérification
  • concevoir de longs exercices de problématisation devant être faits en classe, seul ou en groupe.

Evidemment chacun est propriétaire des contenus qu’il a créés, et par ailleurs chacun peut donc héberger la vidéo qui l’intéresse sur son propre blog, ou on peut aussi imaginer de tout centraliser sur un même blog en philosophie.

Conseils pour se lancer :

  • ne pas se sentir intimidé ou paralysé par les complexités techniques. Chacun peut contribuer avec ses compétences, ses connaissances sans espérer un résultat spectaculaire. En cas de besoin, ne pas hésiter à demander un conseil ou une aide ponctuels.
  • renoncer à la perfection, admettre les imperfections techniques, les approximations, tant que cela rend service aux élèves.
  • privilégier un format court, et ne pas vouloir trop en faire d’un coup. Par exemple, éviter dans la même vidéo d’exposer une thèse puis de la critiquer ; il vaut mieux se contenter de l’exposer positivement et d’en faciliter ensuite un retour critique en classe ou dans une seconde vidéo.

Ressources :

Capsules vidéos déjà existantes en Philosophie

Le site d’un collègue d’Histoire de Bordeaux qui présente les outils utilisés dans sa classe collaborative.

L’association « inversons la classe » travaille à diffuser le maximum de pratiques du primaire au supérieur.

Cette association a notamment créé une série de tutoriels vidéo pour apprendre à maîtriser plusieurs outils informatiques utiles pour la classe.

2 réponses à “Une classe inversée est-elle possible en Philosophie ? Le projet collaboratif “micro-philo”

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