L’enseignement de la philosophie à l’épreuve de la langue au Cameroun

L’enseignement de la philosophie à l’épreuve de la langue au CAMEROUN.
Par : Jean De Dieu GWETH BI BISSO (Professeur de philosophie au Lycée Bilingue de
Manguen 2 au Cameroun ; Doctorant en sciences de l’éducation à l’université de Maroua)

 

Au CAMEROUN, l’enseignement de la philosophie commence en classe de terminale.
Nouvellement admis, les élèves font face à cette nouvelle activité qu’ils n’intègrent pas souvent de la même façon car, les préjugés et les préconceptions qu’ils ont de cette discipline entrainent souvent chez ces derniers des mauvaises perceptions à la fois de la matière et des enseignants de philosophie. En classe de terminale, suivant l’image du philosophe héritée d’un Thalès et d’un Diogène le cynique, l’enseignant de philosophie est considéré comme un homme hors du commun, un déséquilibré, un inadapté, et sa matière comme rude, difficile, escarpée, impressionnante etc. Ces préjugés pourraient disparaitre par la seule action pédagogique qu’il propose en classe. Dans une recherche que nous avons faite dans le cadre d’un mémoire de master 2 soutenu à l’université de Yaoundé 1, nous avons montré comment une mauvaise gestion des situations d’enseignement entraine la démotivation des élèves. Parmi les recommandations
que nous avons formulées pour pallier ce problème, nous avons mentionné :

-Pour les enseignants : l’autoformation ou encore la formation personnelle et autonome à travers la lecture des résultats des recherche en didactique de la philosophie disponibles sur internet. En plus, dans les salles de classe, faire recours le plus possible à une pédagogie à la fois active et interactive ;

-Pour les inspecteurs pédagogiques, l’organisation des rencontres avec les enseignants
(journée pédagogique) pour permettre à ces derniers de discuter sur les difficultés rencontrées en classe.

-Aux concepteurs de programmes : de donner une place importante à la complémentarité et à l’interdisciplinarité tout en essayant de revoir le temps alloué au cours de philosophie dans les voies scientifique et technique.

Seulement, bien que certains des aspects soulignés ci-dessous commencent à prendre
corps dans l’enseignement de la philosophie, le phénomène de la démotivation ne cesse d’apparaitre avec gravité. Les majeures parties des enseignants de philosophie que nous
rencontrons aujourd’hui au CAMEROUN posent pratiquement un même problème : celui du niveau d’expression des élèves en langue française qui semble être en baisse. Or Merleau Ponty affirmait que « philosopher c’est savoir ce que parler veut dire ». En ce sens, la réflexion et la parole vont de pair. Pris ainsi, l’usage de la langue permet de manipuler la pensée. La langue fait appel à un monde de paroles lié à l’expérience de celui qui la parle. Pourtant dans le cours de philosophie, les élèves ne perçoivent pas un lien entre les concepts qu’ils apprennent en philosophie et leurs expériences courantes. Prenons un exemple : comment dire la phénoménologie, la dialectique etc. en langue maternelle ? A quoi renvoient ces concepts dans l’expérience de l’élève ?

Pallante (2000) dans une recherche a montré que « les réponses des étudiants interrogés
sur les thématiques traitées en classe lors des enseignements de philosophie montrent que le problème de sorcellerie, qui conditionne tant le comportement d’Africains, n’est pas étudié avec beaucoup d’intérêt » P 159. On comprend que l’incompatibilité entres les concepts utilisés en philosophie et l’expérience de l’élève camerounais peut entrainer sa démotivation. Comment sortir de cette situation ?

Nous proposons une solution :

– L’utilisation des exemples issus du quotidien des élèves. Les enseignants doivent
songer dans leur pratique à utiliser des exemples qui rappellent aux élèves ce qu’ils
rencontrent au quotidien. Pour cela, il faut comprendre en fonction de la notion
enseignée quelle est la conception culturelle du problème. Quels sont les concepts
utilisés dans l’expérience des élèves. La connaissance de certaines pensées africaines
peut être riche à cet égard. Voilà par exemple comment je définis la philosophie avec
les élèves en parlant d’un proverbe Basa’a au Cameroun. Un proverbe basa’a dit
« Maliga ma ba be i nno lep » (explication : la vérité n’est pas absolue). Personne ne la
possède ou encore toute vérité peut être remise en question. Enseignant dans une zone
bassa’a, cela permet de rattacher la philosophie à une réalité déjà présente dans leur
expérience.

– Il est donc urgent d’éviter de demeurer dans l’abstraction. Mais d’adapter les concepts
philosophiques aux expériences des élèves, ou encore au champ conceptuel de base de
l’élève.

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