Articuler images & concepts philosophiques, par Sébastien Charbonnier

Présentation d’une activité pédagogique conçue par Sébastien Charbonnier, et proposée aux rencontres de novembre 2016 consacrées à “textes & images” ; le compte-rendu a été rédigé par Victor Lagarde.

Il s’agit d’une activité réalisée à partir du travail de l’artiste Genis Carreras (http://studiocarreras.com/philographics/) : des affiches design abstraites, qui sont des illustrations de concepts philosophiques.

Chaque affiche contient le mot, sa définition en deux lignes, et une image qui l’illustre. Dans nos cadres philosophiques, il s’agit d’une initiative polémique, si l’on se souvient de la charge de Descartes contre l’imagination : on peut comprendre des idées avec l’entendement, pas avec l’imagination qui nous conduit à l’erreur notamment pour les concepts métaphysiques. Ici, le pari est inverse. Les images sont abstraites, mais peuvent rendre plus concret un concept. La dimension « design » des dessins fait que leur composition se limite à la forme et la couleur (à quelques exceptions près). Ce sont donc les deux déterminants des choix.

Base de travail pour l’activité

18 images, nettoyées des mots et définitions.

A côté, l’enseignant fournit une liste de concepts :

  • anarchisme,
  • anthropocentrisme,
  • casuistique,
  • constructivisme,
  • déterminisme,
  • empirisme,
  • essentialisme,
  • existentialisme,
  • finalisme,
  • fondationnalisme,
  • idéalisme,
  • individualisme,
  • intersubjectivité,
  • manichéisme,
  • nihilisme,
  • nominalisme,
  • perspectivisme,
  • réductionnisme,
  • relativisme,
  • œcuménisme.

Dans une certaine mesure, émancipation vis-à-vis des choix de l’artiste, ancrés dans une culture philosophique très anglophone, avec des concepts différents, parfois éloignés du programme. Les mots choisis ne sont pas toujours ceux de l’artiste.

Déroulement de l’activité

Il s’agit de faire décider souverainement les élèves de l’association entre un concept et une image. L’enseignant donne les images, la liste de concepts, et les élèves associent. Soit on part des mots, soit des images, les élèves font comme ils veulent (par groupe de deux). La liste des concepts est plus longue que celle des images, car certaines images peuvent inspirer plusieurs concepts. Il faut aussi rédiger la définition. Exercice d’écriture : deux-trois lignes pour définir le concept : défi de la synthèse. Ensuite, présentation devant la classe en justifiant l’articulation concept/image, en donnant un exemple de situation concrète où le concept est intéressant à convoquer.

Deux exemples sont, au préalable, donnés par l’enseignant : libre-arbitre, et dualisme.

Il est prévu une impression en A3 de chaque affiche pour « décorer » la classe.

Objectif pédagogique rempli : rendre ces concepts, qui sont des « gros mots », plus familiers. Cela fonctionne bien.

Difficultés constatées : la réappropriation des « gros mots » n’a pas été miraculeuse dans les travaux suivants. Les exemples donnés par les élèves dans les présentations étaient peu pertinents. Le travail de définition des concepts a sans doute été fait en « oubliant » l’image.

Discussion

Le support est suffisamment souple pour envisager divers dispositifs.

  • il n’y a pas vraiment d’appréhension du problème. On retrouve cela dans la difficulté à trouver des exemples. Cela tend à devenir du bachotage ludique. En effet on part d’un concept créé, figé.
  • On pourrait aller plus loin en insistant sur la sensibilité chromatique de l’artiste, en faisant varier les formes, en voyant ce qui se passe.
  • On pourrait aussi les forcer à prendre un exemple qui soit très directement lié à l’image, forme et couleur. Il faudrait certainement mettre une consigne plus précise pour l’exemple. On prendrait ainsi plus au sérieux le travail de l’artiste.
  • On pourrait aussi prendre un même exemple, par une image (photo, dessin), le donner à différents groupes, et montrer en quoi il peut être utilisé différemment selon le concept.
  • On pourrait aussi faire mesurer les enjeux des concepts en leur faisant dire ce que telle image ne pourrait absolument pas être. Insister sur le caractère exclusif de certains concepts. Cela peut sensibiliser au fait que le contenu de certains concepts, leur usage, est irréductible, qu’il n’admet pas vraiment la contradiction (ce qui peut servir pour les dissertations où les élèves ont tendance à tomber dans la contradiction totale, oubliant d’une partie à l’autre ce qu’ils ont précédemment posé).

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