Atelier : De l’expérience-choc au questionnement de l’expérience

Présentation d’une activité pédagogique conçue en atelier collaboratif par Mireille Nicolet, Rémy David, Sébastien Charbonnier et Victor Lagarde, pendant les rencontres de novembre 2016 consacrées à “textes & images” ; le compte-rendu a été rédigé par Victor Lagarde.

La consigne de l’atelier était : construire un dispositif pédagogique au sujet de l’expérience, et en mobilisant textes & images.

Base de l’élaboration.

On souhaite insister sur la dimension vécue de l’expérience, davantage que sur l’épistémologie (même si on y sera certainement amené). Il y a deux usages pédagogiques de l’image en lien à l’expérience :

      • Usage direct : faire vivre une expérience, affection directe.
      • Usage substitutif : représenter une expérience possible, créer une identification, affection indirecte.

Premier temps : l’expérience-choc par l’image.

L’enseignant confronte les élèves à des images potentiellement choquantes.

Sur le même thème, quatre registres différents d’images. Par exemple :

      • Le poème Les pensionnaires écrit par Verlaine :

L’une avait quinze ans, l’autre en avait seize;

Toutes deux dormaient dans la même chambre.
C’était par un soir très lourd de septembre
Frêles, des yeux bleus, des rougeurs de fraise.

Chacune a quitté, pour se mettre à l’aise,
La fine chemise au frais parfum d’ambre.
La plus jeune étend les bras, et se cambre,
Et sa soeur, les mains sur ses seins, la baise,

Puis tombe à genoux, puis devient farouche
Et tumultueuse et folle, et sa bouche
Plonge sous l’or blond, dans les ombres grises;

Et l’enfant, pendant ce temps-là, recense
Sur ses doigts mignons des valses promises,
Et, rose, sourit avec innocence.

  • Le même poème chanté par Léo Ferré :

  • Le tableau Le sommeil de Courbet :

  • Une image érotique ou pornographique de deux femmes, que l’on censurera en insistant sur la loi (ce qui peut être l’occasion d’une réflexion au croisement de la politique et de la morale).

L’objectif sera de faire réfléchir les élèves à l’expérience qu’ils viennent de faire, leur réaction. On leur demandera de répondre par écrit aux questions suivantes :

  • quelle expérience a été la plus dérangeante ?
  • Qu’est-ce qui fait problème ?
  • Est-ce l’expérience de la même chose qui a été faite selon les différents supports ?

On pourra ainsi amener à s’interroger sur la tension entre l’objet de l’expérience et l’expérience comme relation d’un sujet à un objet.

Deuxième temps : conceptualiser l’expérience, questionner son unité.

On constitue des groupes de trois (une dizaine), avec pour consigne d’imaginer un type d’expérience. Cinq consignes différentes, données au hasard (deux groupes auront la même, mais chaque groupe ignorera celle des autres) :

      • Une expérience scientifique ;
      • Une première fois ;
      • Une expérience qui déstabilise une croyance ;
      • Une expérience impossible à partager (« tu ne peux pas comprendre »)
      • Une consigne vague : imaginez une expérience typique, une situation qui permet de comprendre ce qu’est l’expérience.

On fait ensuite présenter chaque groupe à l’oral. Le reste de la classe a pour consigne d’identifier quel sens de l’expérience est présenté à chaque fois. On mélange les groupes pour que les deux qui traitent le même sens ne se suivent pas. L’enseignant se charge de faire la synthèse conceptuelle, qui permet une première conceptualisation de l’expérience et de ses enjeux.

Troisième temps : expérimenter.

Ce que l’on vient de construire est-il opératoire ? On partira sur des expériences de psychologie sociale, qui mêlent différentes dimensions (vécu et épistémologie, avoir de l’expérience/faire une expérience).

Première étape : faire vivre une expérience aux élèves « malgré eux ».

Exemple : expérience des anagrammes. On divise la classe en deux sans leur dire, on distribue une liste de trois anagrammes (4, 6 et 8 lettres). Pour une moitié de la classe, les anagrammes de 4 et 6 lettres sont très faciles ; pour l’autre, ils sont impossibles ; celui de 8 lettres est facile pour toute la classe. On fait faire les trois à la suite, en demandant à ceux qui trouvent de lever la main à chaque fois. Cela montrera les mécanismes de la construction de la confiance en soi, puisqu’immanquablement ceux qui ont eu les deux premiers faciles réussiront le troisième, et les autres beaucoup moins.

Deuxième étape : étudier l’expérience de Milgram.

Soit par un documentaire pédagogique :

soit à partir du film Experimenter (2015) : 

On demandera ensuite de rédiger un texte de forme libre sur la question : Quelle expérience ont fait Milgram et ses « expérimentateurs-cobayes » ? (en demandant de bien distinguer les deux).

Discussion :

    • comment collecter tout cela de façon scolaire ? Ne faut-il pas envisager une quatrième séance qui ferait le lien avec des sujets de dissertation ?
    • La première séance est-elle bien connectée aux autres ?
    • Ne faut-il pas introduire la notion « avoir de l’expérience » dans la deuxième étape ? Toutes les expériences suggérées sont uniques, sur un temps court. On pourrait ajouter : une expérience qui dure longtemps, ou une expérience quotidienne, quelque chose dont vous avez l’expérience.
    • Pourquoi postuler que, dans la première étape, les images vont déranger, choquer ? Que faire si ce n’est pas le cas ?

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