Atelier : Du faux débat au vrai débat sur euthanasie & soins palliatifs ?

Voici le compte-rendu d’un atelier de co-construction d’une activité pédagogique qui s’est tenu pendant les rencontres “Enseigner la philosophie autrement” des 11 et 12 mars 2016.

L’enjeu de cet atelier, mené par Jacques Baillagou et Mireille Nicolet, était de construire un débat en classe sur un sujet bioéthique.

 

1. Le point de départ : L’affaire Vincent Imbert et son traitement médiatique.

Laisser les élèves exprimer leurs « opinions » irréfléchies
Vincent Imbert n’a pas son destin en main. Pathos de la sensiblerie. Un débat qui n’est pas instruit
Mettre en évidence le… fiasco : Comment éviter « ça » ?

 

2. Réponse juridique?

Déjà là : les directives anticipées (exprimer ce que l’on souhaite comme traitement dans le cas où nous ne serions plus en mesure de l’exprimer – à renouveler tous les 3 ans)

 

3-   Réponse philosophique ? Passe par un débat instruit

Par groupe de 3 ou 4, formulez des questions

Faire mourir ? Laisser mourir ?…

Qu’est-ce que « bien mourir » ?  

L’amour peut-il inclure l’acte de donner la mort ?

Peut-on être maître de son destin ?

Qu’est-ce qu’on peut faire quand on ne peut plus rien faire ?

Justifiez vos questions  (Tentative de problématisation)

 

4-   Distinctions / Eclairages : on fait travailler chaque groupe sur une distinction :

  1. a) Guérir/ Soigner (L’éthique du care contre le pouvoir du « médecin-Dieu », l’acharnement…)
  2. b) Euthanasie/ Soins palliatifs ?
  3. c) Le frère : Le socius / Le prochain (Ricœur et le texte du Bon Samaritain)
  4. d) Plainte / désespoir (déni) – On ne se plaint pas forcément pour réclamer (quelque chose que l’on ne peut pas avoir). Cf. Deleuze et Sonia Sahli (la plainte est un montage quelque chose qui tiendrait davantage de la ritournelle, du chant du vieil indien que de la revendication et de la panique à l’idée qu’on va mourir)
  5. e) Éthique / Morale (Comment vivre ? / Que dois-je faire ?)
  6. f) Valeur économique / Valeur humaine
  7. g) Le (bon) moment / lâcher-prise ? phases d’acceptation de la mort
  8. h) Proposer – à tous ? – la référence Jacques Ricot… M-Editer, peut-être la 3ème vidéo ici :“ le sujet mourant ” « Son statut n’est plus celui de quelqu’un de vraiment vivant »…)

 

5-   Projection d’une scène du film d’Ingmar Bergman « Cris et chuchotements » :

Karin et Maria veillent leur sœur Agnès qui est atteinte d’un cancer en phase terminale, avec l’aide d’Anna, la servante qui est très liée à la mourante. Après son décès, Anna rêve qu’Agnès « revient » ?, l’appelle et lui demande de faire entrer Karin. On entend la voix d’Agnès demander à sa sœur de la serrer dans ses bras, de lui apporter un peu de chaleur car elle a froid « là où elle est ». On peut situer ici un rapport avec l’étymologie des soins « palliatifs » (« Pallium » en latin signifie « manteau »). Karin refuse car elle n’aime pas sa sœur et parce que personne « ne demande aux vivants de s’occuper des morts ». La voix d’Agnès demande alors à Anna d’aller chercher Maria. Celle-ci est plus chaleureuse mais elle est légère, superficielle et elle panique, ne pouvant se résoudre à étreindre le corps d’une morte. Maria ferme alors la porte de la chambre et se retrouve seule avec Agnès qu’elle entoure de ses bras dans une posture qui reprend l’attitude de Marie avec le corps de Jésus dans la Pietà de Michel-Ange (elle est la nourrice qui entoure de ses bras le corps mort d’Agnès).

L’extrait : à 1h14, jusqu’à 1h24:

Critique du film : http://www.dvdclassik.com/critique/cris-et-chuchotements-bergman

Remarque : à 35-40mn les deux sœurs sont bien présentes… Différentes attitudes face à la mort de l’autre ?

 

6-   Débat sur la question avec une question précise (Nous n’avons pas trouvé « la » bonne question)

« L’accompagnement des mourants s’impose-t-il à nous comme un devoir ? »

« Faut-il faire droit à la parole d’un mourant ? »

« N’aimons-nous nos proches que vivants ? »

«  Ma mort m’appartient-elle ? »

 

7-  Synthèse… par le prof ? 😉

… Plus les soins palliatifs se développent dans les hôpitaux français, plus la question de l’euthanasie perd de son intensité. Laisser mourir dans la dignité dans le service des soins palliatifs est une possibilité qui ne rend plus « nécessaire » de « passer à l’acte » de l’administration d’une solution létale au mourant… au nom de sa dignité !

>>  Témoignage-Interview de Frédéric Chaudier ?

 

Discussion & commentaires des collègues présents :

En quoi la question des soins palliatifs répond-elle à celle initiale de l’euthanasie ?

Cela pose la question du rapport entre les soins palliatifs et l’euthanasie, deux problématiques totalement séparées (je ne pense pas…) mais concrètement les demandes d’Euthanasie seraient probablement moins fréquentes avec le développement des soins palliatifs – Certes

 

Pb ? L’extrait de Bergman déplace la question : C’est parce qu’Agnès est morte que les sœurs n’arrivent pas à l’accompagner ? … à la réflexion, il me semble que non… car le film est symbolique : que signifie dire qu’Agnès est morte ? Une mort clinique ? N’est-elle pas « comme morte » à cause de la peur de la mort ?

(cf. extrait conférence vidéo proposé « Quel statut pour le mourant ? », Robert William HIGGINS)

Autres films :

+ interview de Frédéric Chaudier

 

Nos questions :

  • Timing : Combien d’heures faut-il prévoir ?!
  • Concrètement, reste à préciser ce que nous donnerions aux élèves dans chaque groupe de travail.
  • Avec (après) un tel dispositif, que peut-on attendre d’un débat ? (les jeux sont faits ?!)

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