Quand l’image génère le problème : image & perception, par Jérôme Panay

Présentation d’une proposition pédagogique conçue par Jérôme Panay, et proposée aux rencontres de novembre 2016 consacrées à “textes & images” ; le compte-rendu a été rédigé par Victor Lagarde.

Premier exercice de l’année, pour connaître les élèves : projection de Carré blanc sur fond blanc, sans aucune indication.

Quelqu’un finit par donner le titre : ils l’ont trouvé. Consigne : en 20 minutes environ, écrire un texte libre sur ce tableau, avec liberté de ton totale. C’est une façon de connaître la classe, de voir clairement à qui on a affaire. Cartographie de la classe. Cela permet de singulariser le rapport à chacun (par exemple dans les premiers rendus de dissertation). Puis on n’en dit plus rien les semaines suivantes, pendant deux ou trois mois. On génère un problème auquel ils ne comprennent rien. Certains ont déjà, à cette étape, produit des paradoxes, notamment celui de la perception des deux blancs. Souvent, le cours sur l’art est l’occasion de revenir dessus, à partir de leur réflexion.

A partir de la tension entre logique et perception que révèle ce tableau (comment voir du blanc sur du blanc ?), lecture de deux textes : Kant (extrait du schématisme transcendantal) et Platon (Cratyle). Ce sont deux façons d’envisager la tension. L’idéalisme platonicien permet une première interprétation : si je peux dire que c’est un carré blanc sur un fond blanc alors que ce sont deux couleurs distinctes, alors je dois bien avoir une certaine image du blanc. Chez Kant, ce n’est pas par l’idée du blanc que je peux dire qu’il y a un carré blanc sur fond blanc, mais à partir d’un schème : ce n’est pas que j’ai l’idée du blanc, c’est que mon imagination cherche à schématiser d’après une méthode qui fait que des choses semblables, pour lesquelles je n’ai pas de raison de chercher des dissemblances, vont entrer sous le même concept. J’ai donc une part active dans l’élaboration des concepts. [usage possible dans un cours sur l’expérience]. On pourrait ajouter un texte de Wittgenstein sur l’air de famille, pour compléter.

  • L’image génère le problème (elle ne le contient pas, ne l’illustre pas, mais le génère ; tous les élèves le voient. Dès le premier texte, un élève sur trois le soulèvent assez clairement) ; les textes apportés sont des tentatives de se battre avec le problème. Le texte devient un filtre pour comprendre l’expérience problématique qu’est l’image.

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