Quelques propositions pour la lecture suivie des 5 leçons de psychanalyse de Freud, par G. Lequien

Ces quelques propositions ont été présentées parmi d’autres d’expérimentations pendant les rencontres du collectif “Enseigner la philosophie autrement” qui se sont tenues en juin 2017 autour du thème : du texte à l’oeuvre.

1. La lecture avec questions préalables

Dans l’idéal, si l’horaire du cours de philosophie le permettait, il faudrait que la lecture de toute oeuvre se fasse intégralement en classe, seul ou en groupe, en présence du professeur. Toutefois dans la réalité professionnelle restreinte qui est la nôtre, cette lecture ne peut qu’être externalisée en-dehors du temps de classe ; mais la lecture avec questions préalables me semble être un premier palliatif afin de faciliter la lecture individuelle de l’oeuvre.
Je propose ce dispositif avec toutes les oeuvres longues, c’est-à-dire ici les 5 leçons de psychanalyse de Freud ; et il est reconduit à l’identique pour la lecture du Contrat social de Rousseau.

a) consignes préalables

Le texte de l’oeuvre est d’abord donné sous une forme photocopiée à chaque classe pendant la dernière semaine qui précède les vacances d’octobre ; il s’agit ici des 3 premières leçons prononcées par Freud en 1905, les deux dernières étant conseillées à la lecture (pour ceux qui souhaiteraient approfondir) mais non obligatoires. Il est également annoncé qu’un contrôle de lecture aura lieu pendant la 2e semaine suivant ces vacances. Une liste de questions est distribuée pour accompagner la lecture, et les élèves savent que 5 de ces questions tomberont lors du contrôle de lecture. Le fait de disposer des questions à l’avance a pour effet de guider la lecture, puisqu’elles sont données dans l’ordre de lecture du texte, chaque élève est amené à reconstituer les réponses de Freud ; les plus travailleurs iront jusqu’à répondre au brouillon à toutes ces questions, ce qui aura aussi pour effet de les rassurer face au contrôle, puisque, contrairement à ce qui a tendance à se produire face à des sujets nouveaux, le travail de préparation garantit ici la réussite au contrôle proprement dit. Les élèves ont pour consignes précises de :

  • repérer le vocabulaire qui pose problème
  • relever les grandes idées du texte (répondant aux questions données)
  • relever des exemples que l’on pourra réutiliser à l’écrit

b) debriefing intermédiaire

A l’issue des vacances, je bloque un temps particulier de debriefing dans chaque classe, où les élèves sont invités à me poser librement leurs questions sur le texte, j’y réponds devant tous, cela rassure également, permet de recadrer d’éventuels contresens ; et cela laisse un temps supplémentaire pour les élèves qui n’auront pas entrepris la lecture pendant les vacances (il y en a systématiquement). D’expérience, le fait de positionner un contrôle dès la rentrée a tendance à défavoriser ceux qui savent le moins organiser leur temps de travail en période de vacances, et ils bénéficient ainsi tous de plus de 3 semaines pour venir au bout de la lecture.

c) contrôle de lecture

Lors du contrôle qui dure une heure, 5 questions sont posées et les élèves doivent pour chaque question rédiger un paragraphe argumentatif en respectant ces 3 consignes :

  • définir un mot spécifique au texte et figurant dans la question
  • développer et justifier la réponse de Freud
  • illustrer cette réponse à l’aide d’un exemple (issu ou non du texte).

Les copies sont notées, et le début du cours sur l’inconscient servira de correction à toutes ces questions, en revenant sur la genèse de la méthode psychanalytique en classe. D’ailleurs, le bénéfice a lieu aussi dans l’autre sens, puisque la lecture préalable du texte de Freud a permis à la majorité de la classe d’entrer dans cette genèse, et le suivi du cours s’en voit ainsi facilité. Le cours, traditionnel, permettra aussi d’approfondir les idées que Freud ne fait qu’esquisser dans son texte.

2. Essais de psychanalyse appliquée

Une fois que les bases de la théorie psychanalytique ont été posées en classe, il devient possible d’en vérifier d’une part l’appropriation par les élèves et d’autre part la fécondité théorique, en leur proposant d’analyser diverses séries d’exemples, qui s’étalent sur une période de 3 semaines.

a) psychanalyser des rêves

Parallèlement à la première semaine de cours, j’organise un TD en effectif réduit où je leur propose une série d’actes manqués et de rêves, tous issus des textes freudiens, avec pour mission d’en élucider la signification inconsciente et particulièrement d’identifier le désir inconscient qui en est à l’origine. Cet exercice est l’occasion de reprendre la thèse de Freud sur les rêves, de discuter de sa pertinence pour tous les rêves, y compris dans le cas du cauchemar ; et en approfondissement, la façon dont la peinture ou le cinéma tentent de transposer les mécanismes du rêve tels qu’ils ont été analysés par Freud.

b) psychanalyser un patient

Quand l’horaire de la classe le permet (en L), je leur propose de visionner une séance de psychanalyse (fictive) et d’endosser à cette occasion le rôle du psychanalyste. Certes ils ne pourront pas interroger directement le patient, mais je leur demande de noter le maximum d’éléments qui leur semblent significatifs, et à l’issue du visionnage de commencer à rédiger un rapport sur le patient en question.

La série télévisée In Treatment offre ainsi le suivi de plusieurs patients, aux pathologies variées, découpées par unités d’une vingtaine de minutes. Si le cours sur l’inconscient s’étale sur 3 semaines environ, la classe suivra ainsi 3 épisodes, pas nécessairement consécutifs, autour du même patient, un par semaine, et devront proposer leurs hypothèses finales sur les désirs inconscients du patient.

c) psychanalyser une oeuvre d’art

Quand l’horaire classe est plus restreint (S et ES), je leur propose d’interpréter eux-mêmes une oeuvre d’art qui fait explicitement apparaître certains symboles psychanalytiques, comme les tableaux surréalistes de Magritte ou de Dali.

3. Élaborer un essai de pop psychanalyse

Ce travail s’organise sur plusieurs séances, et je propose aux élèves de travailler en groupes restreints (maximum par 3, de préférence par 2) pour psychanalyser un personnage de culture populaire issu de l’univers de leur choix (roman, film, série télévisée, chansons, BD etc.). Il s’agit pour eux d’élaborer un essai de psychanalyse en fonction des consignes suivantes :

  • donner des éléments de contexte pour présenter brièvement au lecteur l’univers culturel qu’ils ont choisi,
  • formuler une question psychanalytique au sujet du personnage,
  • et proposer un début de résolution de cette question

Par exemple certains ont choisi de psychanalyser Homer Simpson des Simpsons ou Walter White de Breaking Bad.

D’autres essais de pop psychanalyse ont consisté, particulièrement en L, à leur proposer de prolonger la démarche de Bruno Bettelheim et de psychanalyser un conte de fées peu connu, pour finalement croiser leurs différentes interprétations.

Ces essais peuvent prendre la forme d’un essai rédigé, ou d’une séquence orale enregistrée pour la webradio de la classe.

 

Laisser un commentaire