Plusieurs propositions pour la lecture suivie d’oeuvres philosophiques en Terminale, par G. Lequien

Ce texte retranscrit la présentation qui a été faite aux rencontres du collectif “Enseigner la philosophie autrement” qui se sont tenues en juin 2017 autour du thème : du texte à l’oeuvre.

Je présente ici diverses approches de l’oeuvre suivie que j’ai développées au fil des années en classe de Terminale, non pas à titre d’exemples, mais comme des expérimentations toujours en cours de construction.

Pendant mes premières années d’enseignement, j’ai été encouragé comme tant d’autres collègues à utiliser l’obligation de lire une oeuvre suivie comme une occasion d’approcher des textes difficiles dans leur continuité, et j’ai ainsi tenté de faire lire le Ménon de Platon ou l’introduction à l’esthétique de Hegel ; en théorie, la lecture en continuité enrichit réellement la compréhension, plus que ne le fait l’approche par extraits courts et décontextualisés, comme le prévoit l’épreuve écrite du Bac. Mais j’ai vite réalisé que l’étude de l’oeuvre suivie en Terminale est aussi soumise à un objectif bien plus pragmatique : passer l’épreuve orale de rattrapage, pour les quelques élèves qui auront déjà eu une note insuffisante à l’épreuve écrite ; il s’agit invariablement d’élèves présentant des difficultés initiales, accumulant les absences, mal à l’aise à l’écrit, n’ayant pas une trace de cours continue suffisante et disposant d’un temps de révision honteusement court pour prendre connaissance de l’épreuve en question et espérer la préparer correctement (la plupart du temps, une demi-journée pour deux matières différentes). J’ai donc pris le parti de mettre de côté le plaisir du professeur et de privilégier l’accessibilité de l’oeuvre suivie : comment faciliter son appropriation, y compris pour les élèves qui cumulent déjà les difficultés dans des exercices plus ritualisés ?

La question se pose d’abord du choix de l’oeuvre : parmi les 57 auteurs inscrits au programme, tous sont-ils également lisibles ?
Pour le moment, je me suis fixé sur des oeuvres qui ne sont pas excessivement longues, dont la langue n’accroisse pas les difficultés de compréhension et qui permette du même coup de traiter une partie du programme de l’épreuve écrite, donc liée explicitement à des notions du programme : dans cette présentation, il s’agit des 5 leçons de psychanalyse de Freud, du Manuel d’Epictète et du Contrat social de Rousseau. Rien d’innovant dans ce choix d’oeuvres on ne peut plus classiques, réparties dans les 3 périodes définies par le programme de Terminale, mais c’est plutôt la variation des dispositifs d’approche qui m’intéresse ici.

Puis se pose la question de l’articulation de l’étude de l’oeuvre suivie avec le cours notionnel qui prend l’essentiel du temps de l’année : la lecture suivie doit-elle être conçue comme une parenthèse, un excursus libérant de la routine du cours, ou doit-elle plutôt être intégrée dans le cours ?
J’ai pris le parti d’intégrer la lecture suivie au cours :

  • la lecture de Freud prépare le cours sur l’inconscient
  • la lecture d’Epictète est articulée avec le cours sur la liberté et le bonheur
  • la lecture de Rousseau constitue le fil conducteur du cours de philosophie politique.
  • Une petite remarque d’ailleurs : le programme de Terminale oblige la lecture d’une oeuvre suivie en séries S et ES, et de deux oeuvres en série L. Pour ma part j’ai fini par étendre ce nombre à 3 oeuvres dans toutes les séries générales, également réparties dans l’année (et j’ai inscrit au moins une de ces oeuvres dans les séries technologiques).

La préparation de la lecture se fait à chaque fois sur une période de vacances scolaires où chaque élève est de facto livré à lui-même et bénéficie de ses ressources familiales et personnelles propres, dans une situation d’inégalité fondamentale par rapport aux autres, et le travail en classe aura pour objectif de passer de la lecture solitaire à la compréhension collective. Ainsi, à la fin de l’année, chaque classe sera consultée et aura le choix de ne retenir qu’une ou deux de ces oeuvres qui seront reportées sur la liste officielle pour l’épreuve de contrôle.

 

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