Débat sur les violences sexistes et sexuelles

A. Ressources pour la préparation du débat

Vidéos

« Bande-son de la vie d’une femme »

“C’est quoi le sexisme ? Quel lien avec les violences ?” (par le centre Hubertine Auclert)

 

« Vie de meuf : les relous »

« Martin sexe faible : le harcèlement de rue »

« Le harcèlement de rue, bientôt un délit ? »

« Le consentement expliqué avec une tasse de thé »

Extraits de la série 13 reasons why, saison 1 (disponible sur netflix et très populaire auprès des élèves, cette série est parfaite pour aborder la question des violences sexistes et sexuelles en milieu scolaire : slut shaming, body shaming, harcèlement, agressions…)

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* épisode 1×01 (45’ 13’’ – 46’ 22”) : une photo d’Hannah, prise par Justin lors de leur premier rendez-vous, circule sur les réseaux sociaux

* épisode 1×03 (22’59” – 25’03”) : Hannah apparaît sur une liste “meilleur – pire”

* épisode 1×03 (42’ 12”- 43’ 41”) : Hannah est agressée sexuellement par Bryce

Deux extraits de l’excellent documentaire Sexe sans consentement de Delphine Dhilly et Blandine Grosjean :

« Me too », des femmes témoignent du harcèlement ou des agressions qu’elles ont subies :

« Sexisme, agression, harcèlement sexuel », la culture du viol au cinéma :

Polycopié avec un rappel de la loi, les chiffres, les mots-clés

Diaporama

  • publicités sexistes
  • affiches de film extraites du tumblr headless women of Hollywood
  • exposition “tu étais habillée comment ?” qui déconstruit les clichés sur le viol
  • manifestations féministes contre les violences faites aux femmes (“slutwalk”)
  • affiches de campagnes de prévention contre le viol, comme celle réalisée par l’Espace santé étudiants de l’université de Bordeaux (“j’étais partante, puis-je changer d’avis ?”, “je l’aime, puis-je lui dire non ?”, “on flirte, puis-je m’arrêter là ?”)

Bandes dessinées

Quizz

“Drague, blagues lourdes, harcèlement sexuel ou agression, êtes-vous sûr.e de savoir faire la différence ?”  (site de France Info)

B. Déroulement du débat

Durée : 20 à 30 minutes

Les élèves ont choisi comme question initiale : quelles sont les différences entre drague et harcèlement ? Mais finalement cette question a été très peu abordée, la réponse étant sans doute trop évidente. D’autres questions ont été soulevées, essentiellement à partir des vidéos.

Un.e élève était chargé.e de la médiation, et un.e autre de la prise de notes.

J’intervenais de temps en temps, en me plaçant au même niveau que les élèves : je levais aussi la main pour demander la parole.

Au cours suivant, en classe entière, les deux élèves chargé.es de la prise de notes ont dressé le bilan de chaque débat, ce qui a permis de mettre en commun et de comparer les idées des deux groupes. J’ai clarifié certains points. Les élèves ont noté les idées essentielles. Enfin, nous avons cherché les liens avec les notions du programme, comme le sujet, autrui, la justice et le droit, la liberté, la culture, la matière et l’esprit.

C. Bilan du débat

Groupe 1

Comment réagir en cas d’agression sexuelle ? La victime n’est pas toujours capable de se défendre. Elle peut être paralysée par la peur et par le sentiment d’humiliation. Elle se sent coupable et honteuse.

13 reasons why : Hannah est agressée sexuellement par Bryce dans une épicerie. Elle n’a pas beaucoup d’ami.es, tandis que Bryce est populaire. Si elle raconte ce qui lui est arrivé, personne ne va la croire ou la soutenir.

Très souvent, la victime se tait parce qu’elle a peur des représailles, elle se sent responsable de ce qui lui est arrivé. Lorsqu’elle parle, l’entourage a tendance à la culpabiliser, ou à minimiser ces violences, parfois même à en rire. On lui dit : “ce n’est pas grave, laisse couler”. Le problème, c’est la culture du viol.

Témoignage : un père rit lorsque sa fille lui révèle avoir été victime d’un exhibitionniste. (C’est un délit puni par un an de prison et 15000 euros d’amende)*

La victime est moquée, ou n’est pas prise au sérieux. Sa parole est remise en question.

Lorsqu’elle trouve le courage d’aller au commissariat pour porter plainte, les policiers tentent parfois de la dissuader. Ils ont tendance à minimiser les faits. Ils manquent d’empathie.

Les témoins ne réagissent pas, ou se disent que quelqu’un d’autre va réagir.

Témoignage : un lendemain de soirée, en robe, dans le métro. Un homme est insistant, mais personne ne réagit, personne ne vient l’aider. On l’ignore.

Faut-il prendre des cours d’autodéfense ? Se faire accompagner par un homme ? Autoriser les femmes à avoir une arme sur soi ? On ne devrait pas avoir besoin d’apprendre les arts martiaux. C’est triste de devoir en arriver là. Ce n’est pas à la femme de changer son comportement, c’est à l’agresseur de se contrôler.

Les témoins sont souvent passifs. Les hommes minimisent cette violence, disent que ce n’est pas grave. Les femmes réagissent plus souvent, elles s’identifient davantage à la victime.

On peut regarder un témoin dans les yeux en disant : « vous ne faites rien ? » En tant que témoin, quand on a un doute, on peut poser la question : « avez-vous besoin d’aide ? »

Une femme peut être agressée, harcelée même si elle porte des vêtements larges. La tenue ne veut rien dire. Ce n’est pas la tenue de la victime qui est la cause des violences. Le seul coupable, c’est l’agresseur. Un vêtement n’est pas une invitation.

Faut-il interdire et punir le harcèlement de rue, comme le souhaite Marlène Schiappa ?

Cette mesure serait difficile à appliquer. On ne peut pas mettre des policiers partout, on ne peut pas surveiller les gens en permanence. Les agresseurs ne vont pas agir devant la police. Dans le métro, on ne voit pas bien, on est collé.es.

Toutefois, le harceleur est parfois alcoolisé, il ne réfléchit pas donc il pourrait agir même en présence de la police.

De plus, cette loi aurait une dimension symbolique : le corps des femmes n’appartient pas aux hommes.

(Le gouvernement vise un effet pédagogique : même si seulement quelques procès-verbaux sont dressés, le grand public serait informé que de tels comportements sont inacceptables)

Si cette loi peut aider au moins quelques personnes, c’est déjà une bonne chose. Elle peut avoir un effet dissuasif, et rassurer les femmes. On peut faire un parallèle avec la loi contre le vol : elle n’empêche pas tous les vols, mais elle a déjà un effet dissuasif.

Groupe 2

Il faut respecter le refus de l’autre. Mais le consentement n’est pas toujours clair : il y a une zone grise. (Attention, l’usage de ce concept est risqué : il peut servir de zone de refuge pour les violeurs, qui s’abritent derrière une ambiguïté)

Si la victime est inconsciente, c’est un viol.

D’après une élève, « des personnes alcoolisées ne devraient pas coucher ».

Une autre élève répond qu’« une femme alcoolisée n’est pas responsable du viol qu’elle a subi. Elle est responsable de son état, mais pas du viol ». (La consommation d’alcool, par la victime ou par l’agresseur, constitue une circonstance aggravante du viol)

Le mariage n’implique pas le consentement. (Depuis 1990, le viol entre époux est reconnu par la loi, et il est même devenu, en 2006, une circonstance aggravante. Le mariage ne donne aucun droit à disposer du corps de son ou sa partenaire)

La justice est souvent trop clémente avec les violeurs. Les peines sont trop légères. (Par exemple, aux Etats-Unis, un étudiant a été condamné à 6 mois de prison pour le viol d’une étudiante inconsciente à cause de l’alcool)

On trouve cela normal que des hommes harcèlent des femmes. Nous sommes tellement habitué.es à la domination masculine, qu’elle ne nous choque même plus. Mais lorsque les rôles sont inversés, cela nous choque. La discrimination n’est jamais justifiée. Exemple de la vidéo « Martin sexe faible ».

La phrase de Marlène Schiappa, « le corps des femmes n’est pas un bien public », est bouleversante pour une élève.

L’objectification du corps féminin est encouragée par la société : dans beaucoup de films ou de jeux vidéo, les femmes sont réduites à leur corps, à leur apparence.

Peut-on dire que certaines femmes s’instrumentalisent elles-mêmes, avec la chirurgie esthétique par exemple ?

Une femme doit pouvoir faire ce qu’elle veut de son corps, sans être jugée.

Il y a une pression sociale pour être jolie, agréable à regarder.

Dans les émissions de télé-réalité, les femmes sont souvent en compétition pour un homme.

Lorsqu’un homme multiplie les partenaires, on le félicite, on l’encourage. Lorsqu’une femme a le même comportement, elle est insultée, rabaissée. (Le désir sexuel masculin est perçu comme un signe de puissance et de virilité, tandis que le désir féminin serait sale et honteux : cette inégalité érotique est un exemple de double standard)

Le harcèlement de rue est-il un problème propre à notre époque, lié à l’effacement des valeurs, des traditions, à une différence de génération et d’éducation ? Il faudrait poser la question aux femmes âgées. Le harcèlement était-il aussi répandu autrefois ? La réponse est probablement oui. Avant on n’en parlait moins, mais le harcèlement existait déjà. Aujourd’hui, les femmes osent davantage témoigner.

De plus, les violences sexuelles ont lieu aussi dans l’espace privé.

On ne peut pas être nostalgique du passé : la femme était sous la tutelle du père, puis du mari. La société était sous l’influence de la religion, et la religion est sexiste. Une femme qui ne voulait pas se marier était mal vue.

Les valeurs traditionnelles sont sexistes, elles reposent sur la domination masculine et la soumission des femmes.

Aujourd’hui, on apprend aux femmes à s’émanciper, à ne plus être sous la tutelle des hommes.

Il existe des associations, des lois, la parole se libère.

Remarque d’un élève : « il y a aussi une objectification des hommes ». En réponse, une élève propose un sondage : qui a déjà été harcelé.e sexuellement ? Presque toutes les filles lèvent la main, mais pas les garçons.

* Je note en italiques et entre parenthèses les précisions que j’ai apportées lors du bilan en classe entière.

D. Prolongements

Les élèves ont réalisé un spectacle sur les stéréotypes de genre (“Pas mon genre”), composé de trois sketchs qu’ils ont joués pendant la semaine artistique devant une centaine de camarades :

  • une scène de harcèlement de rue avec une inversion des rôles féminins et masculins
  • une rencontre entre les filles de la vie réelle et les filles de la publicité, avec une vidéo réalisée par les élèves intégrée dans le sketch
  • un procès contre des personnes innocentes condamnées pour leur genre ou leur orientation sexuelle, par exemple une femme victime de viol condamnée à épouser son violeur

Après le spectacle, il y a eu un temps d’échanges avec le public.

Par ailleurs, un petit groupe d’élèves a réalisé des émissions sur le sexisme pour la webradio du lycée, avec l’aide des documentalistes.

http://sainthilairelaradio.weebly.com/

00’ 32” – 04’ 33” : le harcèlement de rue, par Louna (micro-trottoir auprès des élèves du lycée)

14’ 30” – 17’ 17” : la domination masculine, par Margaux (avec la participation de Christopher)

17’ 38” – 18’ 55” : l’homophobie, par Maeva et Christopher

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