Démarche sur l’Ethique de Spinoza, par Michel Soubiran

 Cet article décrit une démarche créée et testée par Michel Soubiran dans le cadre des travaux du GFEN secteur Philo, et précédemment paru dans la revue Pratiques de la Philosophie n°5 (1997).

La démarche dure environ 2 heures trente. On peut envisager de la faire sur plusieurs séances de travail

Première phase : 40 minutes.

Chacun reçoit un exemplaire des “Jalons” (4 pages de notions prises dans l‘Ethique) et doit tenter de composer un parcours philosophique cohérent en utilisant plusieurs des notions qui s’y trouvent. Ce parcours peut ne pas être un parcours “spinoziste”.

Deuxième phase : une heure

. On forme des groupes de quatre à cinq personnes. Chaque groupe devra composer un unique parcours intégrant au mieux les différents parcours des uns et des autres. Chaque groupe doit faire une affiche et préparer un court exposé de présentation.

Troisième phase : 50 minutes

. Présentation des affiches et exposés.

 

Cette démarche a été animée pour la première fois en septembre 1996 pendant le stage organisé par le secteur philosophie du GFEN (Lire la philosophie. Philosopher dans les classes technologiques) à Marly-le-Roi. Elle comportait alors une quatrième phase d’une heure consacrée à discuter l’intérêt et la réalisabilité de la démarche dans les classes terminales.

 

Point de départ d’une réflexion, cette démarche était aussi le point d’arrivée d’un travail mené tout au long de l’année scolaire 95/96 par le “secteur philosophie” sur les problèmes de lecture dans les classes des Lycées. Au-delà des problèmes concernant les textes courts décontextualisés, nous nous étions posé la question des oeuvres jugées généralement “infaisables” : Critique de la raison pure de Kant, Logique de Hegel, Ethique de Spinoza par exemple. N’y aurait-il pas des outils qui faciliterait l’accès à ces oeuvres ?

Hélène Degoy et moi-même avions déjà travaillé l‘Ethique de Spinoza  en étude suivie dans nos classes. Nous avions remarqué l’intérêt des élèves pour cette oeuvre “rigoureuse et subversive” comme dit R. Misrahi, en même temps que leurs difficultés face à cette “montagne” philosophique. Nous avions échangé nos idées et nos “parcours” tout en remarquant qu’ils avaient, en dépit de leurs valeurs particulières propres, un commun défaut : ces parcours n’étaient pas ceux des élèves eux-mêmes mais ceux de leurs professeurs.

De là l’idée, séduisante pour des partisans de “l’auto-socio-construction des savoirs”, d’une démarche qui aurait réuni l’activité créatrice des élèves et l’utilisation technique d’un outil. C’est cette démarche et cet outil que nous avons voulu tester à Marly-le-Roi.

Plus précisément, nous voulions éprouver une hypothèse : en essayant d’intégrer les différents parcours individuels, les groupes ne devaient-ils pas reconstruire, réinventer le parcours de Spinoza lui-même ?

 

Les participants au stage étaient surtout des professeurs de philosophie. Certains venaient de Belgique, d’autres d’Espagne. Certains avaient une longue pratique de Spinoza ; d’autres non. Les résultats furent très divers.

 

1ère affiche:

1) Si l’opinion ne se connait pas elle-même, comment peut-on sortir de l’opinion et entrer dans la philosophie ?

2) Tout le monde veut le bonheur et pourtant il fuit, le mal l’emporte, nous rencontrons l’incertitude. Comment trouver un Souverain Bien , certain et stable, éternel ?

3) Je ne dois pas vivre sans réfléchir, mais je dois chercher les choses qui me conviennent. Je dois me connaître moi-même et le monde pour me former une idée vraie de Dieu et de toutes les choses qu’il a produites.

4) En quoi la connaissance peut-elle nous donner de la joie ?

5) Distinction connaissance intuitive/connaissance rationnelle ; connaissance intérieure (connaissance de l’union avec l’objet)/connaissance extérieure.

5 bis) Dénonciation de la pseudo liberté ignorante.

 

La raison est une activité indépendante qui nous libère des passions et nous procure la béatitude, dans la vie avec la communauté des humains raisonnables.

 

2ème affiche.

Peut-on se connecter ? Spinoza ou l’éloge d’Internet.

T “L’ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l’ordre et la connexion des choses”.

“Choisis ton camp. Man !”

 

 

 

“Tous pour la tautologie. Ce serait cool !!!”

L’idée de Dieu remet-elle en cause la lilberté de l’homme ?

La alegria aumenta la perfeccion ?

Etre libre, est-ce exister par sa propre nature ?

L’idée vraie se sufit-elle à elle-même ?

Les démonstrations sont-elles les yeux de l’âme ?

 

“Le labyrinthe, ça t’éreinte !!!”

Comment s’accorder autrement que dans la désobéissance ?

La perversion est-elle un plaisir ?

Peut-on pêcher sans culpabilité ?

Peut-on se débarrasser de la connaisance du premier genre ?

Le pervers : ses yeux ont-ils une âme ?

 

“Qu’en dirait Alice ?”

Conclusion

 

T Dans Internet, comme dans l’ETERNITE, “Il n’y a ni quand, ni avant, ni après”. “Philosophari sub specie aeternitatis, sub specie aeterni”

Connexion-Deconnexion- Fin.

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3ème affiche : Remarques préalables.

Une question préliminaire s’est posée : finalité et utilité de cet exercice ? Le sens (apparu en cours de route) : construction d’un puzzle (appropriation seulement de certains concepts). Plaisir rencontré par la liberté de l’exercice et la construction de sa propre démarche.

Problème de transposition pour les élèves ?

-éliminer ce qu’on ne comprend pas et qui gêne

-prendre conscience de contradictions ou difficultés qu’on essaie de résoudre.

 

Choix du point de départ :

-systématique (partir de Homme/Dieu) ?

-subjectif (partir de conscience ou pourquoi j’existe) plus ou moins empirique ?

 

Un Roman dont vous êtes le héros.

 

Point de départ systèmatique : Problème du rapport Homme/Dieu = Nature. Piste abandonnée parce que ce point de départ peut être retrouvé plus loin et parce que moins pédagogique).(Aventure de H.B.)

Point de départ empirique : l’homme a l’illusion de la liberté (conscience spontanée). Piste abandonnée mais retrouvée plus tard. Piste plus praticable avec les élèves.(Aventure d’E.L.)

L’Homme.

Pourquoi j’existe en tant que moi-même, comme cet homme-ci et pas cet homme-là ? Contradiction? Homme contingent alors qu’il n’y a pas de contiongence dans la nature mais nécessité.(Aventure de C.F.)

Une fausse réponse : pour …quoi j’existe, comme question de finalité conduisant à l’anthropocentrisme. L’homme, par sa conscience, à une illusion de liberté alors que Homme = appétit, désirs <- corps.

problème du rapport au corps.

 

Problème du rapport : Homme/Dieu = Nature. Nature naturante/Nature naturée. (L’aventure de chacun).

 

Pourtant, puisque, comme homme, je suis une âme connaissance adéquateliberté ignorance et servitude, qui rend possible la vie dans la Cité avec les autres hommes, comme une seule âme et un seul corps (aventure Colette). Bonheur-béatitude.(aventure H.D.)

4ème affiche:

 

Schèma n°1 : la philosophie comme conversion.

 

Illusion :

Anthropocentrisme

Superstition

Finalisme

Erreur

Interprète

Moralisme

 

 

Réforme

Entendement

Certitude

Connaissance 1er genre (quitter)

Idée adéquate

Essence

 

 

Connaissance de Dieu

Idée vraie

Cause de soi

Eternité

Cause immanente

Réalité

 

 

Nature naturée

Pas de contingence

 

Homme

Individu

Corps Désir

 

Bonheur

Sagesse

Vertu

Joie

Foi.

 

L’affiche est doublée par un canevas “algébrique”? Chaque symbole renvoie à une défintion des “Jallons”. Ainsi “E5” renvoie à “Esclavage : j’appelle servitude l’impuissance de l’homme à gouverner et réduire ses affections ; soumis aux affections, en effet, l’homme ne relève pas de lui-même mais de la fortune, dont le pouvoir est tel sur lui que souvent il est contraint, voyant le meilleur de faire le pire” IV, Pfce, p. 217.

 

E5  D3

Ainsi I 1, I4b

 

A1 et I3  =>renoncer à O2, D2,F2, S2.

 

Donc : C7, C6

 

A4

 

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

 

E2       Or I4  R1, C4,E6,C2

 

 

M1 donc C5

_ __ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

 

Donc E3 et E4 Mais : H1,C3,A2 Ni S4, ni M1

 

C1,D3, D5,C9 / F3 (?) V2 F1 et D4 V1

V5, B3, A3

 

Schéma n°2 : Parcours court par essaimage thématique (d’autres sont possibles).

Parcours de Dieu à Joie.

 

Exergue: “Les yeux de l’âme par lesquels elle voit sont les démonstrations elles-mêmes”. Démonstration.

 

Il y en a qui forgent un Dieu composé comme un homme d’un corps et d’une âme et soumis aux passions : combien ceux-là sont éloignés de la vraie connaissance de Dieu ! Dieu.

 

Donc

 

Aucune divinité ne prend plaisir à mon impuissance et à ma peine, ni ne tient pour vertu nos larmes, nos sanglots, notre crainte et autres marques d’impuissance intérieure. Culpabilité.

 

Et

 

Seule assurément une farouche et triste supersition interdit de prendre des plaisirs. Plaisir.

 

Au contraire

 

La béatitude n’est pas le prix de la vertu, mais la vertu elle-même : et cet épanouissement n’est pas obtenu par la réduction de nos appétits sensuels, mais c’est au contraire cet épanouissement qui rend possible la réduction de nos appétits sensuels. Bonheur.

 

Car

 

Agir par vertu absolument n’est rien d’autre en nous qu’agir, vivre et conserver son être (ces trois choses n’en font qu’une) sous la conduite de la raison d’après le principe de la recherche de l’utile propre. Vertu.

 

En effet

 

Chaque chose selon sa puissance d’être, s’efforce de persévérer dans son être. Conatus.

 

Donc

 

Par joie j’entendrai donc une passion par laquelle l’âme passe à une perfection plus grande. (Par tristesse, une passion par laquelle elle passe à une perfection mondre). Joie

 

La cinquième affiche

utilisait les ressources du dessin. On pouvait voir en premier plan un homme marchant sur une route incurvée, un livre à la main, en arrêt devant un sphynx adossé à une batisse imposante.

L’homme interrogatif (il est coiffé d’un gros point d’interrogation) vient de la droite de l’affiche  où l’on peut lire : “Illusions : désobéissance à l’ordre de la nature ; tentation du suicide et de l’anorexie ; antropocentrisme, moralisme, péché ; croire qu’on peut poursuivre par la volonté ses propres fins ; superstitions, esclavage ; être vaincu par les causes extérieures. Erreurs.”

Il est en arrêt sur la partie droite de la route qui est déviée vers la batisse du “Temple spinoziste”. Derrière lui, une flèche montre la possibilité d’un retour en arrière. Une autre flèche indique l’entrée ; elle est surmontée du mot “sagesse”. La batisse est représentée en coupe verticale. Le corps de bâtiment est composé de trois parties verticales. A gauche, “le corps” et ce texte : “se nourrir des mets les plus variés possible pour élaborer les idées les plus variées possible”. Puis, du haut en bas : “plaisir, passion, appétit, étendue”. A droite, “l’âme” et de haut en bas : “idée, foi, Joie, bonheur, béatitude”. Au centre, “l’existant” et, de haut en bas, “conatus, conscience, désir, action”. Sous le toit : “Dieu, substance en soi et pour soi, puissance, cause libre, réalité, perfection, essence et existence, nature naturante, infini”. Au dessus du toit, une sorte de nuage géométrique où l’on peut lire : “Altérité ? Problèmes. Altérité/Cause extérieure ? Coup de foudre, amour (aimer l’autre ou une idée ?) Etat et société civile (A bas l’aumône !)”

La route se continue sur la gauche du “temple spinoziste”. On lit : “Corps-passion-Action-Amour”.

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