Ecrire 2 : Un atelier d’écriture en philosophie

Article écrit dans le cadre du travail collectif du secteur philo du GFEN, publié en 2005 dans Philosopher, tous capables (Chronique sociale).

 

Travail collectif

Les différentes activités d’écriture décrites dans le texte précédent peuvent être « montées » ensemble dans des dispositifs d’atelier d’écriture : en voici ci-dessous un exemple[1].

Quelques mots cependant pour l’introduire : un tel atelier d’écriture, à notre sens, se conçoit moins comme un dispositif ponctuel destiné à faire écrire – ou pire, à faire « s’exprimer » – les élèves, que comme un chantier permanent où se mène ce travail dans une classe, dans une dynamique d’apprentissage. Il peut donc être animé tel quel, mais aussi par parties, en y introduisant d’autres formes d’écriture, selon les objectifs que l’on vise à tel ou tel moment de l’année et selon les besoins de telle ou telle classe. On peut aussi l’animer avec des adultes. Et singulièrement avec des professeurs de philosophie, dans une perspective de formation, afin de leur faire appréhender les difficultés et les enjeux, mais aussi les outils et les formes de l’apprentissage de l’écriture philosophique par les élèves. Ainsi, lorsque nous l’avons animé dans un stage du GFEN, nous avons pu, lors de la phase d’analyse réflexive, mesurer ce qui se joue dans l’écriture philosophique pour un sujet écrivant et prendre conscience que les questions que nous nous posions étaient aussi celles que se posent, et nous posent, les élèves : comment assumer la prise de risque personnelle qu’implique l’acte d’écrire, comment savoir si ce qu’on écrit vaut la peine de l’être, comment articuler, surtout sans les opposer, les problèmes « techniques » aux problèmes d’engagement personnel dans l’écriture, comment interpréter les consignes, et donc, du point de vue de l’enseignant, comment les formuler en sachant qu’il y a toujours un écart entre une consigne et son interprétation ?

  

Première phase : des mots et des idées

 

  1. À partir du thème « être soi-même », trouver des synonymes, des contraires et des métaphores ou images. Affichage au tableau.
  2. Faire fructifier le stock de mots ainsi obtenu : écrire une maxime, un aphorisme, une thèse, une citation, réelle ou fictive. Affichage de ces fragments.

Deuxième phase : des formes textuelles aux contenus de pensée, « voyage dans les îles »

 

Les éléments de la boîte à outils sont répartis sur des tables, regroupés en « Archipels » et en « îles »

–     Archipel « Enonciation – Dialogicité » : îles Affirmation, Polémique, Objection …

–     Archipel « Conceptualisation » : îles Définitions, Distinctions conceptuelles, Métaphores …

  • Archipel «  Problématisation » : îles Etonnement, Paradoxes, Contradictions, Problèmes …
  • Archipel « Argumentation » : îles Déduction, Analogie, Par l’Absurde, Objection/Réponse…
  1. Première consigne: écrire des fragments de textes en se servant des phrases produites dans la phase précédente et des « matrices formelles » trouvées dans les îles, et déposer ces fragments dans les îles correspondantes.
  2. Deuxième consigne: prélever les fragments qui vous intéressent, vous posent question, vous font penser plus loin, et par groupe de 4, écrire un texte portant trace du voyage et destiné à une anthologie philosophique sur le thème « être soi-même ».

Troisième phase : de la multiplicité des genres d’écriture philosophique.

 

  1. Première consigne: ensemble, dresser la liste des différents genres de textes philosophiques. Lettre, dialogue, méditation, traité, aphorisme, pensées, discours, conte, poème, maximes, manuel, article, conférence, journal, miettes, essai, dictionnaire, pamphlet, cours, opuscule etc… Ensuite, par groupe, on examine un de ces genres et on cherche à en déterminer les caractéristiques : conditions qui déterminent son choix, projet d’écriture ou d’interlocution, règles et outils d’écriture. Affichage des résultats de chaque groupe.
  2. Deuxième consigne: mise à disposition de quelques textes d’une page environ sur le thème « être soi-même » (textes de Rousseau, St Augustin, Leibniz, Heidegger, Platon, Freud…). Chacun reçoit un texte et a dix minutes pour le lire et en extraire une phrase ou un paragraphe qu’il lira aux autres. Les textes restent ensuite à disposition pour la suite du travail.
  3. Troisième consigne: écrire un texte personnel qui prolonge librement le texte collectif de la phase 1, en choisissant un des genres décrits. Lecture à haute voix des textes (en deux groupes si les participants sont trop nombreux).

Quatrième phase : lecture critique et réécriture

 

  1. Chaque texte est lu par un groupe de trois ou quatre personnes qui ont à proposer à l’auteur des consignes de réécriture.
  2. Chacun réécrit son texte (en tenant compte, comme il l’entend, des consignes).

Chaque phase est suivie d’un temps d’analyse réflexive.

[1]. Cet atelier a été conçu pour et animé dans un stage du GFEN en 1997, qui réunissait des professeurs de philosophie et d’autres disciplines. Le thème en était « être soi-même ». On en trouvera un compte-rendu détaillé dans le n° 6 de Pratiques de la Philosophie. Depuis, d’autres collègues l’ont mis en œuvre en classe, sur ce thème ou sur d’autres. Voir par exemple Catherine Drouet « Des écrits pour apprendre » in Regards croisés sur l’enseignement de la philosophie, (G. Guilpain, dir.), CRDP Pays de Loire, 2005.

Suite du dossier sur l’écriture

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