EPhA 1 Faire le procès d’Antigone (C. Victorri)

La démarche intitulée « Le procès d’Antigone » n’est pas un cours de philosophie. Le professeur, qui définit le cadre de travail et apporte les documents et les textes, n’intervient jamais pendant les trois heures que dure la démarche. En revanche le dispositif proposé est conçu pour contraindre les participants à entrer dans la réflexion philosophique, à tenir compte de l’ensemble des éléments hétérogènes et contradictoires qui constituent une situation donnée, ou au moins la manière dont elle se présente à nous, à expliciter les raisons des jugements qu’ils énoncent, à examiner ou réinterroger les principes sur lesquels ils se fondent. Tout cela est certainement constitutif de l’activité philosophique. Ce dispositif a été expérimenté plusieurs fois en classe de Terminale, section L et S en particulier.
La forme du procès présente un intérêt évident pour faire travailler sur des questions philosophiques, et a fortiori sur les questions de philosophie politique et morale. En effet une délibération qui conduit à un verdict et à une sentence décidée à l’unanimité est nécessairement rationnelle et contradictoire, tient nécessairement compte de la complexité d’une situation concrète et des principes généraux qui fondent les jugements qu’on porte sur elle, et ne peut en aucun cas se réduire à une polémique stérile. De ce point de vue le travail d’un juré en délibération à beaucoup en commun avec le travail philosophique. Mais un procès ce n’est pas seulement une délibération, ou plus exactement la délibération suppose elle-même un cadre juridique précis : il faut établir et qualifier les faits, et se référer à des textes juridiques, et pas seulement à des principes généraux et des valeurs morales.

Parmi tous les procès possibles, c’est celui d’Antigone, figure mythique de la désobéissance civile qui a été proposée aux participants de ces journées de travail. C’est le pari de la démarche que de confronter l’acte d’Antigone non pas seulement dans le contexte antique qui l’a fait naître mais dans sa dimension mythique au cadre juridique contemporain, qui impose au pouvoir législatif lui-même des limites et des conditions.
La multiplicité des interprétations de ce mythe permet de d’analyser de manières très différentes le geste d’Antigone, ses implications, ses motifs et ses causes ; Elle permet aussi d’envisager l’accusation de Créon selon différents point de vue et donne ainsi une matière riche et complexe à la réflexion sur un certain nombre de questions : Dans quelle mesure, à quelle condition la désobéissance peut-elle être légitime ? Comment articuler exigence de justice et nécessité politique ? A quelles conditions un sujet est-il responsable de ses actes ? Qu’est-ce qu’une loi ? Quels sont les fondements de l’autorité politique ? etc.
La discussion qui a suivi sur la pertinence de la démarche a permis d’en soulever certaines limites, d’en relever certaines difficultés. Peut-on jusqu’au bout assumer l’anachronisme, et juger Antigone dans un contexte qui n’est pas le sien ? S’agit-il vraiment de philosophie et en quel sens ? Quelle suite faut-il donner à ce travail pour qu’il conduise, au delà du questionnement, des débats et arguments échangés, à une véritable conceptualisation ?

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