Stage GFEN : Devenir humain, repenser l’anthropologie avec Darwin (août 2017)

Devenir humain

Repenser l’anthropologie avec Charles Darwin

Stage organisé par le secteur Philosophie et le groupe Ile de France du GFEN

Les 28, 29 et 30 août 2017

Ligue de l’Enseignement, 3, rue Récamier, Paris 7ème

 

Présentation du stage :

En 1859, L’origine des espèces de Charles Darwin pulvérisait toute l’armature de la pensée créationniste : non seulement les espèces animales s’engendrent les unes des autres, mais l’idée même d’espèce devient discutable. Comment évoquer alors en classe ce bouleversement complet des cadres de pensée traditionnels sachant les réticences des élèves, habitués pour beaucoup aux discours religieux, ou plus simplement aux constats d’évidence que les chiens ne font pas des chats ? Comment susciter le désir de comprendre, si le darwinisme arbore d’emblée le drapeau inquiétant de l’athéisme ? Dira-t-on que la théorie de l’évolution n’est qu’une croyance, dès lors opposable à une autre ? Ou plus subtilement qu’elle est une hypothèse ? Comment faire entendre et faire comprendre ce qui est sans doute la plus importante révolution intellectuelle de l’histoire ? Sans aucun doute en explicitant tout ce qui distingue une croyance dogmatique d’une démarche scientifique ; en effet, à bien lire le texte de Darwin, il ne s’agit nullement de renverser terme à terme une construction idéaliste; aucune nécessité évolutionniste ne vient en effet se substituer aux anciennes essences idéales et stables du monde ordonné ; ce qui s’oppose au couple du fixisme et du transformisme, c’est bien l’observation nouvelle des faits inaperçus : quels ont été les rapports réels entre les variations génétiques des organismes individuels et les variations des milieux sur le temps long ? Dans quelle mesure l’idée d’espèce a-t-elle une réalité si ce qui existe est avant tout la descendance avec modification de chaque organisme ? L’idée d’espèce n’est-elle qu’un repère arbitraire, engageant toujours une interprétation ? N’est-ce pas là un puissant moyen d’interroger ce qu’est une théorie scientifique, et aussi l’occasion pour les enseignants de revenir sur l’idée centrale de nominalisme ?

En 1871, Darwin publie La filiation de l’homme. Toutes les frontières qui jusqu’alors protégeaient Homo/humain du reste du monde animal deviennent perméables : ni la conscience, ni le langage, ni la beauté, ni même la religion, ne caractérisent l’homme en propre. Où situer désormais les discontinuités ? Quel humanisme défendre désormais ? Les enseignants savent à quel point les élèves protègent les animaux au point de leur accorder des facultés réservées jusqu’alors aux hommes ; ont-ils toujours tort ? Pèchent-ils tous par anthropomorphisme ? N’est-ce pas au contraire l’anthropocentrisme du métaphysicien qui en nous s’obstine ? N’y a-t-il pas dans cette réflexion darwinienne sur les propres de l’homme une occasion nouvelle, déroutante et féconde, d’engager le débat dans les classes ?

Comment donc désormais identifier le genre Homo ? Faut-il se borner aux seuls attributs biologiques révélés par la génétique ? Y découvrirait-on alors des variétés ou mêmes des races ? Doit-on dire plutôt que la nature véritable d’Homo est d’articuler le biologique au culturel ? Mais n’est-ce pas aussi le fait des grands singes ? Faut-il alors insister sur les particularités du culturel humanoïde : la transmission des artifices, des règles de vie et des rites de mort, des langues, des œuvres et des fictions ? L’enquête empirique, à la fois ethnologique et géographique, de toutes ces inventions anciennes est toujours un succès pédagogique -nous le savons d’expérience-, et elle permet en outre de reprendre une question classique : que vaut le découpage entre histoire et préhistoire si Homo se définit par le rapport de l’hérédité et de l’héritage, par l’effet en retour de la culture sur les générations, autrement dit par une fondamentale historicité ?

Reste encore un paradoxe à aborder : n’y a-t-il pas dans toutes les cultures certaines croyances et normes visant à hiérarchiser les hommes, en qualifiant tels ou tels de sauvages, d’inhumains, ou de surhumains ? S’agirait-il de justifier par là un principe de commandement, de confier le pouvoir aux « plus aptes » pour le bien de tous ? On perçoit alors tout l’enjeu politique d’une anthropologie d’inspiration darwinienne : comment faut-il penser ces normes et pratiques inégalitaires ? Faut-il dire, avec certains sociobiologistes, qu’étant le fruit de la sélection naturelle ces normes relèvent de l’instinct animal ? Ou plutôt, dire, avec les sciences sociales, que si la culture en général est bien en effet naturelle à l’homme, elle ne préjuge d’aucun contenu social et psychologique, qu’il est par conséquent mensonger de tenter de naturaliser les dominations ? Il y va bien entendu du racisme (et du colonialisme), du sexisme (et du patriarcat), de l’eugénisme (et du transhumanisme), et enfin sans doute du spécisme (contre la citoyenneté animale). Qu’est-ce qui est normal, et en quel sens ?

Culture naturelle ou naturalisation abusive de traits culturels ? Polémique irréconciliable ? Débat de principes, ou affrontement d’hypothèses crédibles ouvertes à la vérification ? Comment remonter aux présupposés concernant la relative autonomie des sphères culturelles ? Existe-t-il des outils rigoureux permettant de faire la part des instincts sociaux sélectionnés par l’évolution et la part des habitus issus des socialisations spécifiques ? Quelle nouvelle généalogie de la morale Darwin nous invite-t-il donc à penser ?

Nous vous invitons à traiter toutes ces questions interdisciplinaires (philosophie, histoire, SVT, SES, et plus si affinités). Les stages du GFEN (Groupe Français d’Education Nouvelle) sont reconnaissables en ceci qu’ils ne proposent pas aux participants de cours magistraux ou des conférences, mais des démarches actives d’apprentissage, à la fois collectives et singulières, coopératives et critiques ; des démarches de savoir permettant aux stagiaires de s’investir eux-mêmes dans le travail et l’élaboration d’outils théoriques. Il s’agit bien dans notre esprit de parier sans réserve sur les capacités intellectuelles de chacun et chacune, et d’affirmer qu’il n’y a pas meilleur rapport aux savoirs, et de rapport à savoir, que celui qui passe par la recherche et l’implication personnelle. Ces dispositifs pédagogiques ont pour vocation d’être ensuite transposés dans les classes, moyennant certes les adaptations nécessaires dont nous pourrons discuter ensemble, afin de donner à nos élèves la force d’apprendre à penser, et la joie de comprendre. En espérant vous y voir nombreux.

Programme

(sous réserve de modifications)

Lundi 28 août : « Descendre de » ? A propos de la formule « L’homme descend du singe »

Objectif: Connaître et mobiliser les concepts fondamentaux de la théorie darwinienne de l’évolution (descendance avec modification par le moyen de la sélection naturelle, sélection sexuelle, variabilité du vivant, hasard et contingence, arbre phylogénétique, espèce et individus).

Matinée, démarche 1 : « Texte à trous » : chercher les mots manquants dans un texte de Darwin pour produire du questionnement sur les ambiguïtés du « darwinisme » en matière de morale.

Après-midi, démarche 2 : « Procès de Darwin » : construire les concepts fondamentaux dans une mise en scène des polémiques qui ont opposé Darwin à ses contemporains.

Mardi 29 août : « L’analyse génétique, l’arbre et les cartes d’Homo, et l’idée de race : du nouveau? »

Objectif : Penser le classement et interroger les impensés de la pensée hiérarchique. Si le mot « race » figure dans les textes de Darwin, et en particulier dans le sous-titre de l’Origine des Espèces, quel sens a-t-il ? Darwin justifierait-il le racisme ?

Matinée, démarche 1 : « Lire dans les arbres, parcourir l’homme ». Quelle est la place du genre « homo » au sein du vivant ?

Après-midi, démarche 2 : La « mal-mesure de l’homme » (S.J. Gould), analyse critique des dispositifs de discrimination.

Mercredi 30 août : Quelle généalogie de la morale ? La question des instincts sociaux.

Objectif : Y a-t-il une origine naturelle de la culture et des comportements humains ? Comment le mesurer, avec quels outils scientifiques ? Quelle anthropologie le darwinisme fonde-t-il ?

Matinée et début d’après-midi : une « étude de cas » pour interroger les notions d’instinct maternel et d’attachement, de fidélité et de jalousie.

Programme téléchargeable et modalités pratiques :

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