Travaux d’écriture en cours de philosophie, par Jean Gilbert

Cet article écrit par Jean Gilbert dans le cadre des travaux du secteur Philo du GFEN a précédemment été publié dans la revue Pratiques de la philosophie n°10.

 

Présentation générale

L’action présentée se propose de contribuer à l’apprentissage de la philosophie par le moyen de travaux d’écriture proposés aux élèves à différents moments de l’année scolaire. Elle s’est construite au cours de nombreuses années d’enseignement, dans différentes classes, et, selon les cas, a pris la forme de projets annuels aboutissant à des publications internes au Lycée Turgot, ou bien d’exercices plus ponctuels ne sortant pas de la classe.

Ces exercices ne visent pas l’appropriation des méthodes de la dissertation ou du commentaire de texte, mais s’apparentent davantage au genre de travaux que l’on pourrait produire dans des ateliers d’écriture. Ce ne sont pas à proprement parler non plus des textes philosophiques (bien que la limite ne soit pas toujours facile à établir), mais ils servent à la fois d’opérateurs et de matériaux pour la réflexion.

La nature, la fréquence et le cadre de ces travaux sont variables selon les classes et les thèmes abordés : les difficultés auxquels ils sont censés répondre, les objectifs et les principes restent identiques.

 

 

  1. Situation, objectifs et principes : description générale de l’action

 

  1. Situation

La philosophie n’est abordée qu’en terminale par des élèves qui, dans leur immense majorité, n’auront plus jamais l’occasion d’ « en faire ». Leur année d’apprentissage est évaluée, à l’occasion du baccalauréat, par un exercice écrit dont tout le monde connaît la difficulté. Pour réussir, ils doivent faire preuve d’une véritable autonomie dans leur réflexion, afin d’élaborer un problème qu’ils découvrent partiellement, cela en respectant les normes fortement contraignantes de la dissertation ou du commentaire de texte.

Les obstacles sont nombreux. D’une part les élèves peuvent avoir du mal à s’impliquer dans cette discipline, s’ils n’en voient que l’aspect théorique : à partir du moment où la réflexion philosophique ne renvoie à aucun enjeu précis, elle peut être perçue et pratiquée comme une simple rhétorique scolaire. D’autre part, la difficulté « technique » propre au raisonnement philosophique renvoie à un obstacle linguistique : une maîtrise insuffisante de la langue, à l’oral comme à l’écrit, fait que l’écriture n’est pas perçue comme le lieu possible d’une véritable réflexion, la leur. De fait, la difficulté à acquérir les bases pour réussir dissertations et commentaires de texte décourage parfois toute tentative de s’essayer sérieusement à la philosophie.

Enfin, il est à rappeler que les philosophes dont ils lisent les textes en classe n’ont pas rédigé, eux, de « dissertations » ni de « commentaires de textes », en tout cas pas sous forme scolaire. Il existe des exposés entièrement théoriques, mais aussi des dialogues (Platon, Leibniz…), des lettres (Epicure, Descartes, Spinoza…), des cours où les traces d’un enseignement oral (Epictète),  voire des écrits journalistiques (Alain) ; et, dans ces différents types d’écrits, des genres ou des styles philosophiques bien différents, apparemment très éloignés du « pur » raisonnement : mythes ou fables, reconstruction théorique d’une histoire inconnue (Discours sur les fondements et l’origine de l’inégalité parmi les hommes, Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique….), récits de vie ou de parcours intellectuels (Discours de la Méthode), etc… C’est là où l’écriture des philosophes est parfois la plus accessible, tout en donnant de véritables ressources pour la réflexion des élèves. Autrement dit, la rédaction de dissertations et de commentaires n’est pas la seule manière, à l’écrit, de pratiquer la philosophie, ni de s’y initier.

 

  1. Objectifs

Ils sont nombreux, et s’inscrivent dans des registres différents qu’il faut articuler :

– tout d’abord, il s’agit d’éveiller la curiosité des élèves, et de les impliquer dans la réflexion, en leur faisant prendre conscience de la dimension à la fois universelle et singulière des problèmes abordés : ils appartiennent à tous, et parce qu’ils appartiennent à tous, ils appartiennent à chacun. D’une certaine manière, ils sont beaucoup plus intimes que des « problèmes personnels ». Demander à des élèves de raconter une expérience particulière, ou d’inventer une histoire touchant un thème du programme, ou de faire leur propre portrait, doit leur permettre de comprendre que leurs représentations, leurs souvenirs, leurs opinions parfois les plus banales, peuvent constituer le matériau d’une réflexion critique qui les éclairera en retour sur ce qu’ils pensent et sur ce qu’ils sont. Autrement dit, les problèmes philosophiques « les regardent », ils ne s’en rendent pas toujours compte spontanément, leur demander d’écrire (même si cela ne relève pas d’une écriture proprement philosophique) les aide à opérer cette prise de conscience.

– ensuite, les textes que les élèves écrivent, et qui sont, dans la grande majorité des cas, mis en circulation, lus et analysés par la classe, permettent de construire une dynamique et une attention collectives particulièrement propices à la pratique de la philosophie. Ces textes relèvent de l’histoire, de la créativité et de la liberté de chacun, mais en même temps, ils dessinent un territoire commun à une classe ou à un groupe donnés. Il ne s’agit pas d’enfermer l’élève dans ses particularités, de le cantonner dans l’expression de sa singularité et encore moins dans l’affirmation de son opinion, mais bien, à travers la diversité des textes, des expressions et des expériences, de dégager le ou les problèmes qu’il a en commun avec les autres.

– ce trajet se fait à travers la rédaction et la circulation de productions écrites, à l’école et pour l’école, mais qui ne servent aucunement à l’évaluation des élèves. L’écriture prend donc une valeur propre, non seulement comme occasion d’une expression personnelle, mais aussi comme élément d’une réflexion à part entière. De ce fait, et cela dit sans ignorer les difficultés que rencontrent certains, les blocages parfois, elle valorise les élèves, leur permet de comprendre en quoi l’acte d’écrire a un sens, irréductible à la contrainte scolaire, et les aide à se projeter et à se construire en tant qu’ « auteurs » de copies philosophiques. Bref, ces travaux amènent les élèves à réfléchir dans et par l’écriture, à s’approprier l’acte d’écrire lui-même.

– non directement philosophiques, ils sont pourtant utilisés comme matériaux du cours : les élèves, qui ne prêtent souvent qu’une attention secondaire à leurs propres écrits et à leur propre réflexion, sont amenés à analyser leurs propres textes de manière critique, et à rechercher, dans l’expression de leurs opinions, de leurs expériences ou de leurs représentations ce qui peut servir à élaborer une problématique beaucoup plus générale.

– selon les consignes, de manière plus ou moins prononcée, il est possible de mettre directement en regard les textes des élèves et ceux des auteurs étudiés en classe : non pas, évidemment, pour entretenir l’illusion d’une équivalence de façade, mais pour faire apparaître la nature identique des problèmes abordés, et la grande différence de traitement, notamment dans la radicalité des classiques. Ainsi, il s’agit de confronter directement les élèves, à travers quelques consignes d’écriture, aux questions qui ont enclenché et guidé certains grands textes. C’est donc un rapport actif aux classiques qui, par ce détour, est proposé aux élèves.

– enfin, et même si cela n’est d’aucune utilité en terme de méthode ou de technique, il semble évident que ces travaux peuvent amener une approche différente des exercices scolaires, dissertation et commentaire de texte.

 

  1. Description globale et principes de base

La façon dont ces travaux sont présentés est déterminante, autant pour le sens qui leur est donné que pour la qualité des résultats obtenus. Elle implique un rapport à l’écriture qui n’a rien à voir avec la prise de notes pendant le cours, ni avec les exercices types bac. La première règle est toujours d’expliquer très clairement les règles aux élèves, ainsi que les objectifs fixés à la démarche inhabituelle, (et même volontairement déroutante au départ) qu’on leur propose. Ainsi, ces travaux ne commencent jamais sans quelques minutes d’explications orales, qui, parfois, conduisent à de vraies discussions, indispensables pour que les élèves s’approprient un travail qui est essentiellement nourri par leurs productions, au moins dans un premier temps. De nombreuses modulations sont possibles en fonction des circonstances, mais quelques principes ne varient pas  :

– la première chose à éclaircir concerne la nature et le mode de production de ces travaux. Les textes que je demande d’écrire à mes élèves sont toujours des textes libres[1], ce qui signifie plusieurs choses.

Le premier point, il est essentiel, est que les élèves de sont pas obligés de les écrire. Ils sont pratiquement toujours rédigés pendant le temps des cours – cependant ceux qui n’arrivent pas, ou même qui ne voudraient pas les écrire, n’encourent aucune sanction. De cette manière, la consigne n’est plus perçue (comme elle l’est trop souvent) sur le mode de la contrainte. Les cas de refus catégoriques sont rares, et ils ne posent pas de problème à partir du moment où la règle est clairement énoncée (« je vous propose une consigne d’écriture, vous avez le droit de ne pas jouer le jeu »)… Je n’ai jamais rencontré de classe qui aurait refusé en bloc un exercice de ce type : il est plutôt vécu comme un temps « autre », où l’écriture prend une valeur qui n’est pas la sienne habituellement. En revanche, de nombreux élèves « bloquent », n’arrivent pas à développer, alors que d’autres peuvent rédiger une demie heure ou une heure de rang. C’est particulièrement fréquent dans les séries STI, mais c’est justement l’occasion de consacrer plus de temps à des élèves en difficulté pour essayer de les inciter à écrire, sans que cette incitation relève de la contrainte. Un certain nombre en effet ne dépasse pas les cinq lignes (le critère quantitatif n’est évidemment pas suffisant pour porter un jugement sur ces textes), cependant la difficulté à laquelle ils sont confrontés ne signifie pas (et ne leur est en aucun cas signifiée par moi) comme une situation d’échec scolaire.

« Texte libre » signifie ensuite que les élèves disposent du temps qu’ils veulent pour les rédiger : en général, cela dure une demie heure ; en fait, certains finissent en cinq minutes, d’autres termineront chez eux. Autrement dit, chacun va son rythme, et, pour un temps, un certain nombre d’entre eux sont autorisés à ne rien faire pendant le cours.

« Texte libre » veut dire aussi qu’il n’existe aucune règle prédéterminée quant au contenu des travaux rédigés : les élèves peuvent écrire « ce qu’ils veulent » (dans la mesure où ils en ont les moyens), non seulement au sens où je m’interdis tout jugement de bienséance, mais aussi parce que je leur garantis que leurs textes ne sortiront pas de la classe, à moins que l’on n’en voie l’utilité et qu’ils n’en donnent l’autorisation expresse. De fait, il y a un caractère d’ « expression libre » dans ces travaux qui ne sont que rarement retravaillés : affleurent autant l’histoire et les opinions de ces adolescents, que des critiques à l’endroit de leur lycée, ou que leurs peurs, parfois leurs angoisses, etc.

« Texte libre » signifie enfin qu’ils obéissent toujours à une consigne claire, simple, mais correspondant à un objectif pédagogique précis, mis en œuvre dans l’ensemble de la démarche : il ne s’agit pas de demander aux élèves de s’exprimer pour s’exprimer, mais bien de leur proposer une contrainte qu’il leur appartient d’accepter pour que le cours puisse se construire.

– Le second point concerne le mode de restitution de ces travaux. Ils sont produits en classe, pour le cours, mais certains d’entre eux sont très personnels ; et, de façon générale, il y a une certaine « pudeur » des élèves quand il s’agit de lire ou de faire lire leurs travaux à leurs camarades.

Tout d’abord, une règle essentielle à poser dès le départ, afin d’ « autoriser » les élèves à écrire, consiste à dire qu’ils ne seront pas obligés de faire lire leur texte à la classe, ou qu’ils pourront éventuellement ne le donner qu’au professeur. Il s’agit bien de textes libres, les élèves sont en état de prendre la responsabilité de mettre ou non en circulation ce qu’ils ont écrit : ils choisissent par eux-mêmes de contribuer à la réflexion que nous élaborons ensemble. De fait, ce type de refus est fréquent, et il paraît légitime, dans la mesure où il témoigne souvent d’une forte implication dans la démarche proposée. Il n’est par ailleurs pas rare que des élèves d’abord réticents n’hésitent plus une fois qu’ils ont lus les textes des autres.

Ensuite, il faut faciliter la mise en circulation des textes, calmer les peurs éventuelles. Selon les circonstances, plusieurs manières sont possibles : soit on affiche les textes dans la classe (on se lève, on prend une quinzaine de minutes pour lire : échanges et commentaires peuvent déjà se faire dans ce premier moment) ; soit le professeur lit les textes des élèves (en général sans dire qui en sont les auteurs) ; soit, encore, chaque élève lit son propre texte (ce qui suppose déjà une certaine confiance instaurée dans la classe, puisque c’est plus intimidant).

De fait, ces moments se passent toujours « très bien » : Il y a un plaisir évident à lire ce qu’ont écrit les autres, et à donner à lire ce qu’on a écrit. Une écoute collective se construit là, qui prépare la suite. On évite autant que possible tout jugement de valeur, même si certains sont travaux semblent plus riches et plus « réussis » que d’autres. Ce n’est pas la question, en tout cas, il s’agit plutôt de repérer les textes qui seront les plus utiles pour la suite.

– Enfin, il faut préciser aux élèves l’utilisation pédagogique qui sera faite de ces textes : certains feront l’objet d’une lecture serrée, d’une analyse critique à partir de laquelle nous tenterons d’élaborer des problématiques philosophiques ; tous seront articulés, soit à des textes classiques, soit à des moments du cours auxquels ils peuvent servir de référence.

La manière dont ce travail est mené est expliquée dans la partie suivante.

 

  1. Exemples de démarches

Les travaux peuvent varier très sensiblement, selon les classes, les années. Voici quatre exemples ; il serait évidemment possible d’inventer de nouvelles séquences sur les mêmes bases.

 

  1. Récits d’expériences vécues

« Souvenirs d’école » : cette démarche déjà ancienne vient de Nicole Grataloup, qui l’expose entièrement dans « Pratiques de la philosophie n° 2 » (secteur philosophie du GFEN, avril 92)[2]. Je n’en donne qu’un résumé. Elle consiste, dès le début de l’année, à demander aux élèves de rédiger un souvenir d’école. Les textes sont affichés dans la classe, puis lus par tous. Dans un troisième temps, où commence véritablement l’élaboration philosophique, sont constitués des groupes : ceux-ci doivent repérer dans les textes ce qui est dit du rapport à l’école et du rapport au savoir, en étant particulièrement attentifs aux contradictions qui pourraient apparaître Ainsi sont repérés les éléments communs et les différences, et, à partir de là, les problèmes. Ensuite, chaque groupe rend compte de ses résultats à la classe : le professeur amène les uns et les autres à préciser leur pensée, à approfondir leur réflexion, le but étant de dégager des problèmes communs, et de parvenir à une formulation abstraite de ces problèmes. Dans un dernier temps, le professeur demande un retour sur l’ensemble de la démarche : les élèves sont invités à se demander s’ils ont fait ou pas de la philosophie, et en quoi précisément, ce qui les conduit à formuler collectivement une première définition, incomplète mais déjà pertinente.

Cette démarche présente au moins deux grands avantages : proposée dès le début de l’année, elle situe d’emblée l’apprentissage de la philosophie dans un retour sur sa propre expérience, qu’il s’agit d’inscrire dans le cadre plus large d’une élaboration collective et théorique de problèmes abstraits. Par la diversité des questions qui surgissent (question de l’identité, du savoir, du langage, de l’autorité, de la liberté, etc.), elle autorise souvent une mise en perspective de l’ensemble du programme, du moins dans ses grandes articulations, et ce à partir du vécu, souvent le plus banal, des élèves.

De plus, elle permet de construire un certain nombre de règles pour le travail en classe : d’une part parce que les discussions qui se développent autour de ces textes permettent une réflexion sur la notion même de règle, sur le sens des contraintes que l’on rencontre à l’école ; d’autre part, parce que la démarche elle-même implique, et en fait induit très naturellement un respect de l’écriture des autres, de leur histoire, dont ils dévoilent un fragment, et, plus largement, de leur parole. De fait, le professeur se met lui aussi à l’écoute de ses élèves, et, travaillant à partir de leurs productions, avec elles, il marque d’emblée le cours dans le sens d’une participation de tous, très loin, donc, d’une leçon magistrale. Cela fait date dans l’histoire d’une classe, et aide à prévenir, à comprendre et à gérer les conflits qui pourraient surgir dans la suite de l’année.

 

On pourrait assez facilement imaginer d’autres travaux sur la base de ces récits d’expériences, à l’occasion de tel ou tel thème vu au cours de l’année[3] : en ce qui me concerne, je considère cette démarche particulièrement pertinente, parce qu’elle s’appuie sur ce que, dans le cadre de la classe, nous avons tous en commun – à savoir l’école elle-même. Elle correspond bien à l’idée que la philosophie arrivant seulement en terminale, elle appelle une réflexion rétrospective sur le parcours scolaire qui a été celui des élèves. Leurs souvenirs aboutissent à de véritables récits, précis, instructifs, et cependant, comme ce sont des souvenirs d’école, ils ne sont pas entièrement du côté d’une intimité qui n’aurait pas lieu de s’étaler pour elle-même en classe.

 

  1. Textes d’imagination

Une autre approche consiste à demander à des élèves de rédiger des textes d’imagination. L’objection venant tout de suite à l’esprit consisterait à se demander en quoi des histoires qu’ils ont inventées pourraient les aider à comprendre des problèmes philosophiques : la philosophie n’est-elle pas l’exercice d’un « pur » raisonnement ? Ne rencontre-t-on déjà pas trop de copies « fantaisistes », qui s’appuient sur des connaissances incomplètement fondées, voire totalement farfelues ? Un des enjeux des travaux que nous allons présenter maintenant consiste justement à expliquer aux élèves la différence entre « une histoire » et « l’histoire », entre l’imagination et le raisonnement, et à leur faire comprendre aussi le rôle que l’imagination peut jouer dans la construction du raisonnement.

 

Premier cas :

– dans le cadre d’un cours sur le politique et le juridique (quelle que soit la manière dont les notions sont abordées dans l’économie du programme), en général après une introduction à la problématique de la liberté qui situe globalement les enjeux du cours, je propose la consigne suivante : «  Ecrivez un texte commençant par ; « à l’époque où les lois n’existaient pas encore… », et se terminant par … « et c’est ainsi que les hommes ont inventé les lois ». Les élèves sont invités à faire preuve d’imagination, tout en étant le plus précis possible dans leurs récits. Cette première phase dure entre trente et quarante minutes [annexe 1].

– Dans un second temps, les textes sont lus : parfois par les élèves eux-mêmes, parfois par voie d’affichage, et, le plus souvent, par moi. D’une part pour respecter un anonymat que dans un premier temps (mais rarement très longtemps) certains préfèrent conserver ; et, d’autre part, pour rendre ces récits plus audibles, tout simplement par rapport aux difficultés de lecture (durée : 20 à 30 minutes). Cette phase me semble très importante, parce qu’il y a un effet de découverte, d’écoute, de curiosité, une attente créée par la diversité et la richesse des textes.

– Dans un troisième temps, je propose aux élèves de remplir un tableau, comprenant trois colonnes, à partir des données recueillies dans leurs textes. Première colonne : « avant les lois, les hommes étaient… ». Deuxième colonne : « les lois ont été créées par… ». Troisième colonne : « les lois ont été créées pour… » Il s’agit de repérer les différences entre ces récits[4], à partir de ce qui se développe souvent comme une analyse du texte et des représentations sous-jacentes de la violence, de la loi, de la justice, de l’humanité, qui y figurent. Il serait tout à fait possible d’organiser ce travail par groupes ; dans les séries techniques, où je le pratique souvent, il me semble plus pertinent de procéder à cette analyse en classe entière. Cela permet d’approfondir davantage la réflexion sur  les textes qui s’y prêtent particulièrement (et ainsi de les prendre entièrement « au sérieux » : il arrive que l’on s’attarde 15 ou 20 minutes sur un récit), tout en évitant les effets de décalage (entre les groupes) ou de redite (au moment de la restitution des travaux) qui risqueraient de diluer l’attention. Cette étape peut durer de une à deux heures, en fonction autant de la richesse des écrits que de la pertinence des commentaires.

– Dans un quatrième temps, à partir du tableau et des différences, et souvent des contradictions, entre les textes, sont formulés les problèmes communs : les élèves doivent rédiger (individuellement) deux ou trois questions qui ressortent de l’ensemble de ces histoires. Ce moment correspond à un travail de problématisation et de synthèse : il assure la transition avec les classiques que nous allons aborder, à partir d’un tri, et souvent d’un approfondissement, opéré par le professeur et la classe (durée : 15 à 30 mn).

– Dans un cinquième temps, on passe à la suite du cours : tout le travail consiste à s’appuyer sur les classiques pour approfondir la réflexion. Il est difficile d’indiquer un « plan-type » pour un tel cours, qui s’élabore chaque fois en fonction de ce que les élèves y apportent, mais quelques textes et quelques problématiques reviennent toujours : on peut en indiquer les grandes lignes :

– D’abord, la démarche implique une réflexion sur la notion d’état de nature, dans son rapport dialectique avec l’état civil. La consigne proposée au départ permet d’expliquer facilement en quoi l’état de nature est en réalité (pour Rousseau par exemple) une fiction, mais une fiction théorique, dont le but est d’éclairer la nature et la finalité des lois constituant l’état civil. Les élèves sont les premiers à dire qu’ « il y a toujours eu des lois » : ce qui ouvre à une analyse de la notion de loi du plus fort, et de son ambiguïté profonde en tant que loi humaine. Autrement dit, les grands textes de Rousseau, et au fond sa démarche de pensée, deviennent beaucoup plus facilement compréhensibles, tout simplement parce que les élèves ont expérimenté par eux-mêmes cette démarche, consistant à essayer d’imaginer ce que serait l’humanité sans les lois, pour savoir à quoi elles servent et ce qu’elles doivent être.

– Dans le même ordre d’idées, on peut développer une analyse des mécanismes de la violence dans les sociétés humaines. A ce titre, un texte de Hobbes est, pour moi, particulièrement pertinent  [annexe 2], puisqu’il fait de la violence à l’état de nature, non pas le résultat de la méchanceté de quelques uns, ni même du caractère mauvais de l’humanité, mais des motivations qui poussent chacun à vouloir assurer sa propre survie. Autrement dit, la violence est déjà présentée comme un fait de structure, inhérent à un mode d’organisation (ou plutôt à l’impossibilité de toute organisation) sociale. Avec la radicalité propre aux analyses de Hobbes, cela conduit vers une compréhension de la violence comme mécanisme social, et pas uniquement comme résultat de l’action individuelle.

– Une question est sans cesse posée : celle de savoir si l’institution des lois résulte de la force (un ou plusieurs hommes étant arrivés à imposer « leur loi » aux autres), ou si elle résulte d’un processus raisonnable, les hommes décidant ensemble qu’il est préférable de se donner des lois communes plutôt que de succomber à une violence ruineuse pour tous). Cela ouvre une discussion sur la nature et les pouvoirs de la raison dans le champ politique, et sur les rapports dialectiques existant entre la force et le droit.

– Enfin, ces textes suscitent une réflexion sur la fonction et la finalité des lois : si une représentation spontanée affirme que les lois sont opposées à notre liberté, une autre montre qu’elles protègent les faibles contre les forts et qu’elles seules peuvent garantir des droits, donc des libertés. Ainsi peut-on articuler le passage entre la liberté naturelle et la liberté civile.

On voit comment cette consigne d’écriture permet aux élèves de retrouver très directement les problématiques essentielles de la philosophie politique : elle ne fait que reprendre, au fond, l’interrogation moderne consistant à poser que les lois civiles sont des lois humaines, des lois d’institution, qui ne viennent ni de la nature ni de Dieu mais relèvent de notre histoire[5], et des principes que nous sommes capables de nous donner.

 

Les avantages de cette démarche sont très grands :

– d’une part, l’écriture et la lecture des textes est souvent un moment jubilatoire, car la consigne est « porteuse », et elle déclenche souvent un imaginaire très fort, nourri par toutes sortes de sources (cinéma, bande dessinée, etc..) ;

– d’autre part, le cours se construit vraiment à partir de ce qu’y apportent les élèves. Il est à noter que le caractère fictif de ces récits autorise une radicalité dans la réflexion à laquelle ils n’ont pas facilement accès. Même si, dans un premier temps, ils n’en ont pas entièrement conscience, un des buts du cours est de leur permettre de la voir, et de réaliser la richesse de leur propre réflexion s’ils la prennent « au sérieux » : un certain effet de sidération, parfois, à voir que « le prof » peut rester vingt ou trente minutes sur un de leurs textes ;

– enfin, il y a toute la richesse des problématiques elles-mêmes, autant en termes de mode de raisonnement (tous, à la fin de la séquence, doivent avoir compris que l’état de nature ne décrit pas une réalité historique, mais que c’est un modèle théorique permettant d’analyser les mécanismes de la violence humaine, et, du même coup, de questionner la nature et la finalité des lois), qu’en terme de réflexion sur les notions politiques et juridiques elles-mêmes.

 

Les inconvénients sont les suivants :

– d’une part, on est obligé de faire un tri entre les textes (on n’a pas matériellement le temps de tout analyser, ce serait de plus répétitif et fastidieux), en fonction de leurs différences : c’est loin d’être toujours facile. Il est donc nécessaire, pour le professeur, de prévoir un temps, entre la deuxième et la troisième séquence, pour pouvoir faire ce tri à tête reposée et ainsi orienter la suite du travail.

– d’autre part, cette démarche implique une certaine approche de la question politique (en gros, celle des penseurs du droit naturel), qui n’est pas la seule, et à laquelle on n’est pas obligé d’adhérer : cependant, elle permet de très bien s’approprier ce modèle, et elle n’interdit pas non plus une critique d’ensemble.

 

Deuxième cas :

j’irai plus vite sur cette seconde proposition, que j’ai plus ou moins abandonnée pour l’instant, car elle fait partiellement double emploi avec la précédente, et elle me semble un peu moins pertinente. La démarche d’ensemble est exactement la même, mais la consigne porte cette fois, non pas sur le droit et la politique, mais sur la nature et l’humanité :

«  Ecrivez un texte commençant par ; « à l’époque où les hommes n’étaient pas encore des hommes… », et se terminant par … « et c’est ainsi que les hommes sont devenus des hommes ».

De fait, il s’agit de s’interroger sur la différence entre l’animalité et l’humanité, et plus largement de produire une réflexion sur la notion de « nature humaine » – tout en faisant en sorte de marquer une limite, la plus claire possible, entre l’état actuel des connaissances concernant l’hominisation (l’enquête historique et biologique concernant l’apparition et l’évolution de l’espèce humaine), et les représentations très fantaisistes qui circulent concernant les hommes préhistoriques vus comme des êtres fantastiques, mi-animaux mi-humains, vivant dans une anarchie presque complète.

Là où la démarche montre ses limites, c’est probablement dans la très (trop ?) grande ouverture de la consigne d’écriture : les éléments caractéristiques de l’humanité sont très divers[6], aussi est-il un peu plus difficile d’arriver à dégager des problèmes pertinents, synthétiques.

 

Les débats portent sur les trois points suivants :

– l’humanité est-elle le fruit d’une intervention divine ? Est-elle le simple effet d’une évolution biologique ? Est-elle le fait de l’humanité elle-même, se faisant au cours de son histoire ? et les extra-terrestres ???… [7]

– qu’est-ce qui distingue l’homme de l’animal ?

– l’humanité doit-elle être définie par le langage, l’intelligence technique, la capacité à se donner des lois, le désir de connaissance… (on retrouve toutes ces possibilités dans les textes des élèves) ; ou, comme cela s’élabore souvent dans la suite du cours, par sa capacité d’évolution (sa perfectibilité aurait dit Rousseau), voire son absence fondamentale de nature ?

 

On voit bien à quels textes et à quelles interrogations peut se raccorder cette consigne : le mythe de Prométhée par exemple, les textes d’Aristote sur l’intelligence technique de l’homme, ceux de Descartes sur la différence entre l’homme et l’animal, les textes sur les enfants sauvages, etc.

Il est indispensable, pour le professeur, d’avoir des objectifs précis, y compris en termes de contenus, pour la suite de son cours : la consigne d’écriture est tellement ouverte qu’il faut être capable de privilégier assez rapidement une problématique particulière.

Et d’autre part, il faut être extrêmement attentif aux ambiguïtés que peut engendrer la phrase de départ : indispensable donc d’apporter des données objectives, factuelles, quant à l’apparition de l’espèce humaine.

 

  1. Autoportraits

Ce type de textes se rattache plus directement à la série « récit d’expériences vécues », mais ici il s’agit de répondre à la question : « qui suis-je ? ».

Cet exercice (présenté comme tel) m’a été indiqué au départ par les travaux de Bernard Defrance[8]. On touche là davantage à l’intimité des élèves, et les principes énoncés dans la première partie prennent tout leur sens : il ne s’agit évidemment pas de leur imposer une mise à nu ou un dévoilement qu’ils pourraient regretter ensuite, mais de leur donner les moyens de poser un acte d’écriture qui n’a de sens que s’ils en ont l’entière responsabilité. Le but n’est pas essentiellement que les élèves se racontent – à vrai dire ça n’est pas la fonction d’un enseignement de la philosophie en terminale -, cependant si un autoportrait peut servir d’entrée, de contrepoint ou d’aliment à une réflexion philosophique, pourquoi ne pas y recourir ?

Ce type de travail participe logiquement à un cours sur la conscience. Compte tenu de la nature de la consigne, il est évidemment exclu de « comparer » ces textes, de les « analyser », de chercher à repérer les différences ou les contradictions entre eux : il suffit de les lire et de les entendre, comme il suffit parfois d’écouter ses élèves pour qu’un cours se déroule dans les meilleures conditions.

 

Quelle utilité alors ? J’en vois deux :

– d’abord, il est indéniable que parfois, à l’occasion de ce genre de travaux, des élèves se posent véritablement : en tant qu’auteurs et en tant que sujets, capables de délivrer un message fait pour être entendu, reçu et lu, autant par leurs camarade que par leur(s) professeur(s). Cela ne s’effectue pas nécessairement sur le mode de la « révélation », ni de la « revendication » (revendication de particularités qu’il faudrait affirmer sinon contre – du moins à la différence des autres) : mais purement et simplement sur le mode de la « prise de parole », ou du choix de l’écriture. Cela a toujours des effets positifs sur la classe, à condition, je le répète, que les élèves puissent à tout moment interrompre le processus (ne pas mettre leur texte en circulation, s’ils jugent que cela peut les mettre en danger d’une manière ou d’une autre).

– ensuite, il est évident que chacun d’entre eux est renvoyé, de par la difficulté de la consigne, à la difficulté de la question elle-même : et c’est cette difficulté personnelle qu’il s’agit de constituer en problème : pouvons-nous nous connaître ? Qu’est-ce qui nous distingue de nos semblables ? Avons-nous en propre « quelque chose » que les autres n’ont pas ? De manière un peu plus technique, on en arrive à se demander ce qu’est notre conscience : ce que nous connaissons le mieux, ou au contraire ce qui est le plus obscur ? Questions que seul le cours peut élaborer, mais qui trouvent des formulations souvent très pertinentes dans des textes qui prennent parfois une allure théorique, traitant la question de savoir pourquoi il est si difficile, voire impossible de répondre à cette question.

 

Il est à noter enfin que ces textes ont, plus souvent que d’autres, été reliés en brochure et diffusés dans l’établissement, dans un certain nombre de cas accompagnés de photos prises par les élèves [annexe 3] : cela ouvre un questionnement sur sa propre image, qui s’est souvent noué autour du commentaire d’une phrase de Kant : « Je ne me connais jamais tel que je suis, mais seulement tel que je m’apparais à moi-même. »

 

  1. « Expériences de philosophie quotidienne »

Ce travail est plus récent, je ne l’ai expérimenté qu’une année, sans parvenir à un aboutissement complet. La démarche que je présente n’est donc pas entièrement satisfaisante ; cependant elle s’inscrit dans le droit fil des pratiques présentées ici, et devrait donner lieu à des développements ultérieurs.

Elle vient d’un livre de Roger-Pol Droit intitulé 101 expériences de philosophie quotidienne : l’auteur propose des expériences simples que chacun peut faire, même si elles sont déroutantes, et qui donnent lieu à 101 courts textes les décrivant et analysant leur signification – tout en les resituant, de manière plus ou moins allusive, dans des problématiques classiques [annexe 4].

Il s’agirait donc de demander aux élèves de décrire chacun une expérience de philosophie quotidienne, pour en faire, au cours de l’année, un recueil.

Les enjeux sont multiples :

– tout d’abord, inciter les élèves à s’interroger sur leur propre expérience, à faire attention à « ce qui leur arrive », bref, comme disait Aristote, à « s’étonner ». Pas uniquement de ce qui paraît en soi étonnant, mais aussi de ce qui semble banal ou habituel, uniquement parce qu’on ne l’avait jamais interrogé.

– ensuite, la consigne appelle une approche active, expérimentale de la philosophie, pas uniquement conçue comme théorie mais aussi comme pratique : la pensée est aussi « du corps », « de l’histoire », du moins elle se construit à partir d’événements qui nous arrivent et que nous pouvons nous-mêmes provoquer. Cette vision des choses me paraît particulièrement adaptée pour des classes qui ont parfois trop tendance à ne voir la philosophie que comme une discipline scolaire, voire un vulgaire blabla.

– ces expériences parlent forcément de ceux qui les font, et en même temps, les textes de Roger Pol-Droit ne sont jamais écrits à la première personne. Il dit « vous », ce « vous » pouvant désigner aussi bien l’auteur qui se parlerait à lui-même (en se vouvoyant), que les lecteurs auxquels il s’adresse pour leur donner sinon des ordres, au moins des conseils. Ce « vous » induit une prise de distance par rapport à sa propre subjectivité, un recul critique relatif à son vécu qui est un des commencements possibles de la philosophie.

 

La démarche que j’ai commencée à mettre au point s’est déroulée de la manière suivante :

– première étape : explication générale du sens des textes de Roger-Pol Droit à partir de la préface des 101 expériences de philosophie quotidienne.

– deuxième étape : lecture du sommaire. Commentaire sur les expériences proposées par l’auteur.

– troisième étape : lecture et analyse d’un des textes de Roger Pol Droit. Comment est-il construit ? Quel est le sens de ce « vous » ? Pourquoi, à chaque fois, l’auteur précise-t-il la durée, le matériel et l’effet de l’expérience ?

Cette première séquence dure une heure environ : la difficulté vient de la manière d’aborder les textes de Roger-Pol Droit, car ils sont à la fois très synthétiques, allusifs dans leurs références, et ils usent d’une rhétorique pas toujours parlante pour les élèves. De plus, la discussion a naturellement tendance à s’engager sur le fond des questions abordées, alors que le but est plutôt de comprendre le genre de texte à produire.

 

La seconde étape se fait, par les élèves, chez eux : on leur demande de réfléchir à des expériences qu’eux-mêmes pourraient proposer. A titre d’exemple, voici une liste dressée l’an dernier avec une terminale S : écrire une lettre à quelqu’un qu’on ne connaît pas ; parler à son chat ; se regarder dans une glace ; se réveiller ; faire un feu ; apprendre à conduire ; passer un examen ; parler tout seul dans la rue ; parler à un inconnu ; ne rien faire ; sécher une heure de cours ; retenir une phrase que l’on ne comprend pas ; revivre une scène qu’on n’a jamais vécue ; écouter quelque chose très attentivement ; passer une journée devant la télévision ; avoir mal à la tête ; se promener tout nu dans une forêt ; lire un texte et ne pas le comprendre ; voir son sang couler ; prendre la parole en public ; faire une expérience de physique ; devenir un chou-fleur…

Le charme d’une liste vient souvent de son caractère hétéroclite : en l’occurrence, je leur avais demandé de réfléchir à des expériences qu’ils pouvaient mettre en relation avec des choses abordées pendant les cours, et ils ont parfaitement respecté cette consigne[9] : expliquer cela dans le détail serait beaucoup trop long.

 

La troisième étape serait dans l’idéal que chacun choisisse une expérience et la traite entièrement. Mais, faute d’investissement des élèves ou de ma part, car cela exige d’eux une grande autonomie (chacun travaillant sur son sujet) et un soutien plus actif de l’enseignant, nous ne sommes pas passés à l’acte.

 

En revanche, j’ai fait le choix d’une expérience, directement en rapport avec des cours, les textes étudiés à cette occasion, et aussi mes précédentes tentatives : « se regarder dans un miroir ». La séquence a eu lieu en demi-groupe (avec des terminales S), sous forme d’atelier d’écriture :

– la première consigne a été de choisir la durée, le matériel, et l’effet (décrit sous forme d’un et d’un seul adjectif).

– puis, je leur ai donné des débuts de phrases (parfois issus des textes de R.P. Droit, parfois à partir de mes propres idées), qui étaient à chaque fois des débuts de paragraphe à rédiger en temps limité : « C’est une expérience qui… » ; « Ce qui caractérise votre reflet… » ; « Faites comme si vous ne vous étiez jamais vus… » ; « Imaginez que vous ne vous reconnaissez pas… » ; « Finalement ce que vous voyez / comprenez / faites… » (les élèves avaient à choisir entre ces trois verbes) [10].

 

Ces séquences ont très bien fonctionné, appuyées sur tout le travail théorique fait en amont (il s’agissait en fait de se réapproprier par ce biais des connaissances acquises) : les élèves devaient, dans un dernier temps (et chez eux), réagencer ces paragraphes sans véritable lien, les compléter, les modifier pour parvenir à leur propre version de cette expérience [annexe 5].

 

La démarche est probablement plus juste à travers cette approche collective d’un seul et même thème, puisqu’elle s’appuie sur une véritable dynamique de groupe, et qu’elle rend possible les échanges, au lieu de laisser chacun isolé devant ses propres difficultés, ou en simple position de lecteur d’un texte sur lequel il n’aurait pas lui-même réfléchi.

 

Cependant, ses limites tiennent au défaut d’un approfondissement proprement théorique, qui avait été fait au préalable en cours. L’enjeu de ce travail serait d’amener les élèves à une écriture plus distanciée, qui, au-delà du récit ou de l’analyse de leur propre vécu, les conduirait à ce véritable décentrement que constitue l’accès à une écriture philosophique. En l’occurrence, il ne s’agirait ni de dissertations ni de commentaires de textes (et ces travaux ne seraient toujours pas notés), mais plutôt de courts essais conceptuels, retravaillés et approfondis par eux – tout simplement pour être lus par leurs camarades ou leurs professeurs.

 

III. Bilan et analyse critique

Tout le danger, mais aussi tout l’intérêt de ces pratiques est de sortir, pour un temps, du travail philosophique scolaire, afin de mieux y revenir : donc en courant le risque de ne pas y revenir ! Si les élèves ne perçoivent ces travaux que comme des moments récréatifs, ludiques ou « libres », la démarche n’est pas bonne. Il s’agit d’articuler une écriture qui n’est pas en elle-même philosophique à une réflexion qui se constitue comme telle. Et, en réconciliant (quand c’est nécessaire) les élèves avec l’écriture, de les aider à réussir dissertations et commentaires de textes.

 

A vrai dire, d’autres exercices d’analyse et de rédaction sont couramment pratiqués dans le but d’apprendre à faire dissertations et commentaires. Il s’agit dans tous les cas de  développer un regard critique, une distance constructive sur ses propres travaux : aider un élève à lire une dissertation qu’il a écrite n’est pas toujours facile, mais relève de la même exigence générale d’attention à sa propre pensée. Souvent, nous lisons ensemble dissertations et commentaire, en tout ou en partie, cela se fait tout naturellement au bout d’un temps.

D’autres questions pourraient légitimement être posées quant au risque d’exposer inutilement les élèves à une « mise à nu » qui n’aurait pas lieu d’être dans le cadre scolaire. Il arrive en effet que le récit d’un souvenir d’école déclenche des larmes, ou que décrire ce qui se passe lorsque l’on se regarde dans un miroir produise en nous un malaise. Je l’ai dit, il y a des règles, énoncées clairement, telles que les élèves peuvent « se lancer », ou « ne pas se lancer » dans ces exercices. Ces travaux ne sont pas « innocents », il me semble qu’il faut avoir pleinement conscience de leur portée pour les conduire au plus juste : après tout, qu’un élève, dans un cadre comme celui-là, laisse paraître sa fragilité, cela lui permet aussi de la dire : de la symboliser en tout cas, de l’assumer devant les autres, et dans la classe. Ce qui n’est pas rien, et ce qui n’est pas mal, puisque cela permet aux autres (et bien sûr au professeur), de prendre conscience d’une difficulté quelconque, et, éventuellement, d’y répondre, ou, en tout cas, d’en tenir compte. Dans tous les cas, seuls un très clair énoncé et un très clair respect des règles de ces exercices permettent aux élèves de se structurer durablement, au delà des affects qu’ils mettent forcément en jeu.

Enfin, la dernière objection pourrait porter sur la pertinence théorique de cette approche. Elle repose sur une conviction, qui est que l’écriture n’est pas pour la réflexion philosophique un simple outil. Le langage n’est pas transparent à la pensée, l’écriture est un acte, aussi un acte de pensée que les élèves ne produisent pas facilement. Cela mériterait un développement beaucoup plus approfondi, mais il me semble que l’enjeu relève bien d’une certaine conception des rapports entre l’écriture et la pensée, comme il implique une certaine compréhension du passage du non-philosophique au philosophique : probablement discutable, mais à mon sens tout à fait « efficace », et juste en fonction de ce que nous pouvons réaliser dans nos classes. Je ne considère pas ces textes comme de simples « moyens », des « outils pédagogiques » : ils ont une valeur propre, et pour cette raison ils stimulent la réflexion et permettent de la structurer.

 

Une dernière précision : je n’ai jamais sollicité d’intervenants extérieurs pour m’aider dans ce type de démarche, cependant, elles ont été nourries par les quelques ateliers d’écriture auxquels j’ai pris part et que j’ai parfois menés.

 

Annexe 1

« A l’époque où les lois n’existaient pas encore… »

Series technologiques, année 2000-2001

1.

À l’époque où les lois n’existaient pas encore, du moins pas sous la même forme que de nos jours, les lois n’étaient pas écrites. Les peuples ne vivaient pas avec une seule et même loi. Il arrivait parfois que même un village ait ses propres lois. C’était le chef du village qui disait les lois. L’homme n’avait pas encore instauré ses propres lois, c’est la nature elle-même qui dictait les lois, le bien-être pour l’homme et pour la vie en communauté. Chaque homme devait protéger ses terres, sa famille, ainsi que ses amis, tout le onde était solidaire. Le peuple vivait au  jour le jour, sans se préoccuper de l’avenir, sans savoir ce qu’est le mal. Car plus le temps défilait, et plus les peuples étaient en colère, ce qui déclencha des guerres. Il y eut donc énormément de morts et cela ne pouvait plus durer. C’est ainsi que les hommes ont inventé les lois, pour le bien-être de la communauté. Les lois devinrent les mêmes pour tout le monde.

 

2.

À l’époque où les lois n’existaient pas encore régnait dans tous les pays du monde un chaos et une absolue liberté.

Un jour, en plein après-midi, dans une ville éloignée du reste du monde, arriva un homme seul  vêtu d’un grand drap blanc et portant une canne. Cet homme très mystérieux s’arrêta au milieu de la grand-place, il brandit les bras vers le ciel et cria : « Il est temps d’arrêter tous les conflits et toutes les destructions, alors moi, homme sage que je suis, je vais inventer un règlement qui s’appliquera à tous les hommes de cette terre ! » Toutes les personnes le prirent d’abord pour un fou, mais peu à peu, en réfléchissant aux paroles du vieillard, ils les trouvèrent sages et tous ensemble crièrent : « Voilà notre sauveur, voilà notre sauveur ! »

Le vieil homme rassembla d’autres personnes semblant réfléchies, il forma une assemblée et c’est ainsi que les hommes ont inventé les lois.

 

3.

À l’époque où les lois n’existaient pas encore les hommes étaient chez eux dans n’importe quel lieu, les terres appartenaient à tous les hommes, les habits étaient à un autre, la nourriture trouvée par untel pouvait sans qu’il puisse rien y faire être partagée avec un autre, il n’y avait aucun respect entre les hommes, ils vivaient comme des animaux et ne pouvant rien posséder comme sentiment, ils ne pouvaient pas assurer leur descendance. Et c’est ainsi que les hommes ont inventé les lois.

 

4.

À l’époque où les lois n’existaient pas encore, les hommes vivaient dans la solitude, selon la loi du plus fort, les plus faibles fuyant les plus forts. C’est ainsi que tout le monde se retrouva isolé dans son coin de pays. C’est alors que Jack eût une idée.

Cette idée était de vivre en groupe afin que chaque membre se spécialise dans un domaine et en fasse profiter les autres. Jack, lui, était très doué dans l’élevage de cochons sauvages, mais malheureusement très peu pour l’agriculture. Il comprit que s’il voulait se consacrer entièrement à l’élevage il lui faudrait quelqu’un qui jardine pour lui, en contrepartie de la viande qu’il lui fournirait. Il avait déduit de ce raisonnement que ce qu’il produirait serait de meilleure qualité.

Alors Jack rédigea plusieurs commandements pour que la loi du plus fort ne refasse pas surface. Puis il parcourut le pays pour trouver des collègues, ou plutôt des co-citoyens pour l’accompagner dans son projet d’une vie meilleure. Et c’est ainsi que les hommes ont inventé les lois.

 

5.

À l’époque où les lois n’existaient pas encore la loi du plus fort dominait toutes les civilisations, qui n’étaient jamais en paix du fait que chaque personne essayait de dominer l’autre, ce qui à un moment décima une majeure partie des populations à force de combat et de tuerie. Les plus forts décidèrent d’instaurer des lois afin de maintenir la paix, et c’est ainsi que les hommes ont inventé les lois.

 

6.

À l’époque où les lois n’existaient pas encore, les différents peuples du monde s’affrontaient pour avoir plus de territoires. C’était la loi du plus fort. Car la loi du plus fort n’a été créée que par les plus forts, une loi qui a toujours existé depuis la nuit des temps. Les peuples supérieurs aux autres  pouvaient avoir des esclaves, aucune loi ne l’empêchait. Puis, certains peuples maltraités, surtout les peuples où on prenait les esclaves, ont voulu se révolter contre cette infériorité, que ce soit en Egypte ou dans les colonies. Certains se sont aidées de la parole de Dieu qui leur montrait la voie de la liberté, et d’autres ont utilisé la force, comme pour la prise de la Bastille. C’est ainsi que les différents peuples se sont aperçus qu’en établissant des règles, « les lois », il y aurait une meilleure cohabitation, et c’est ainsi que les hommes ont inventé les lois.

 

7

« À l’époque où les lois n’existaient pas encore… » Cette si belle phrase ne veut rien dire du tout, elle est invraisemblable, car même chez nos ancêtres, il y avait en quelque sorte des lois. Même chez les hommes préhistoriques, où la seule loi était peut-être la loi du plus fort, ainsi que pendant les nombreuses époques qui suivirent. On peut dire que même les animaux ont leurs lois ; elles se résument, comme celles de nos ancêtres, à la loi du plus fort. Mais ce qui nous différencie des animaux, c’est que la loi du plus fort est restée pour eux la seule et unique valable. Avec cette loi, le monde serait sens dessus dessous, il appartiendrait au plus fort, et les plus faibles mourraient avec injustice. Donc, il a fallu faire quelque chose, non pas pour que les faibles deviennent les plus forts, mais pour qu’ils soient également considérés à leur propre valeur, d’où l’expression l’ « égalité des hommes ». Et c’est ainsi que les hommes ont inventé les lois.

 

8

À l’époque où les lois n’existaient pas encore, les hommes vivaient dans l’anarchie totale. Jusqu’au jour où vint au monde un enfant qui s’appelait Santivus Maximus. Ce bambin, selon une vieille légende, avait reçu du dieu Quonsiskan le pouvoir de régner sur le monde et même au-delà. Les gens venaient de partout pour admirer l’enfant. Les années passèrent et Santivus Maximus grandit. Le monde sombrait dans des conflits entre les ethnies. Santivus se sentit obligé d’arrêter ces combats, et pour cela il fit une armée qui s’appelait l’armée loisantri. Avec cette armée, il combattit ardemment et intelligemment les ethnies, et il remporta de nombreuses batailles, ce qui lui permit de faire un royaume que tout le monde connaissait à cette époque. Le royaume Poltraski était un royaume qui s’étendait de l’est de la Gorna jusqu’aux contrées reculées de la Corintalie.

Santivus Maximus se faisant vieux, le royaume sombra à nouveau dans le chaos. C’est alors qu’il eût une révélation du dieu Quonsiskan. Celui-ci lui dit qu’il fallait qu’il y ait un ordre établi pour tout le peuple, comme c’était le cas dans la nature. Santivus mit alors en pratique les paroles de Quonsiskan, et fit ce qui s’appellerait plus tard les lois, en référence au nom de l’armée de Santivus, l’armée Loisantri. Les lois que fit Santivus étaient très simples ; il fallait que toutes les personnes vivant dans le royaume de Poltraski soient libres. Le vol, le meurtre, etc., étaient interdits, et l’organisme qui s’occupait de cela était l’armée loisantri. Santivus Maximus fût en fait le premier homme sur terre à avoir pensé aux lois, et c’est ainsi que les hommes ont inventé les lois.

 

9

À l’époque où les lois n’existaient pas encore, l’anarchie régnait en maître. Les plus forts écrasaient les plus faibles. C’était la « loi de la jungle », où pour survivre il fallait se battre ou être rusé. À cette époque, on n’avait pas le droit de s’exprimer où alors c’était dans des conflits ou dans des guerres. Les hommes vivaient dans la crainte et dans le désordre car il n’y avait aucune limite, aucune frontière ; chacun faisait ce qu’il voulait, car chacun était à la fois juges et bourreaux. Mais certaines personnes, en ayant assez de cette injustice, créèrent un système pour éviter que le monde tombe dans le chaos total, et c’est ainsi que les hommes ont inventé les lois.

 

10

À l’époque où les lois n’existaient pas encore, les hommes étaient libres. Ils faisaient absolument ce qu’ils voulaient, sauf s’ils tombaient sur plus forts qu’eux. Pour arrêter les conflits entre les faibles et les forts, les pauvres et les riches, pour qu’il n’y ait plus de différence, enfin pour soi disant empêcher conflits et différences entre les hommes, il réfléchirent, et c’est ainsi que les hommes ont inventé les lois.

 

11

À l’époque où les lois n’existaient pas encore, deux voisins se disputèrent ; voici l’histoire.

Le premier était un petit paysan, habitant dans les collines non loin d’Athènes. Il vivait, avec sa famille, de ses récoltes et de petits poissons qu’il pêchait non loin de là, dans un étang. Cet étang n’était vraiment pas grand, à peine une mare, et n’était plus alimenté par sa source depuis quelque temps.

Le paysan, voyant son étang s’assécher peu à peu, commença à s’inquiéter des ressources de sa famille, lui qui veillait à ce que les poissons se reproduisent pour qu’il n’en manque pas.

Il décida donc, un beau matin, de remonter le lit vide de la source de son étang, pour voir ce qui avait bien pu se passer.

Quelle ne fut pas sa stupeur en voyant que la rivière avait été détournée de son cours pour s’en aller en contrebas, de l’autre côté de la colline.

En suivant le nouveau cours de la rivière, le pauvre paysan s’aperçut qu’elle finissait par alimenter un bassin aménagé à côté de la maison de son voisin.

Précisons que son voisin est potier. Il venait de détourner la rivière pour mieux s’alimenter en eau, besoin essentiel pour son commerce, l’eau permettant de mieux façonner l’argile.

Le paysan alla plaider sa cause auprès de son voisin : « J’ai besoin de l’eau de la rivière pour faire vivre mes poissons. Pourquoi ne prends-tu pas l’eau de ton puits ? »

Le potier répondit : « Le puits est loin et j’ai besoin d’eau tout de suite. Détourner la rivière est plus commode et économise du temps. Si tes poissons ne vivent pas, achètes-en au marché. »

Le paysan ne l’entendit pas de cette oreille. Il n’avait pas les moyens d’acheter du poisson pour toute la famille tous les jours.

Il alla donc porter l’affaire aux patriciens de la ville. Ceux-ci se rendirent compte du préjudice subi par le paysan, et s’aperçurent qu’aucun texte d’aucune sorte n’interdisait ce genre d’actes. Ils remédièrent à cela en interdisant à quiconque de détourner une rivière. Le paysan recouvrit donc son bien et le potier fût obligé d’aller cherche l’eau à son puits.

Mais en y réfléchissant de plus près, les patriciens s’aperçurent qu’il fallait créer d’autres interdits pour limiter les actes préjudiciables, afin que plus personne ne soit lésé.

Et c’est ainsi que les hommes ont inventé les lois.

 

12

À l’époque où les lois n’existaient pas encore, les hommes vivaient souvent seuls ou en famille. Ils habitaient dans des sortes de cabanes sur pilotis, à environ quinze mètres de hauteur, pour limiter les agressions extérieures venant des animaux dangereux, le plus souvent, mais aussi des autres habitants de la forêt. Ainsi, ils avaient une meilleure vue sur l’extérieur. Ces hommes, à l’époque où les lois n’existaient pas encore, avaient pour priorité de vivre où plutôt de survivre. Ils n’hésitaient pas à manger leur voisin, s’ils avaient très faim, car la chasse demandait des efforts supplémentaires (construction de pièges, d’armes…). Les soirs, le père de la famille et sa femme avaient l’habitude de consommer certaines plantes ou champignons à propriétés hallucinogènes. Pendant son ébriété, l’homme s’assit sur les branches qui lui servaient de plancher et il se mit à divaguer. Il commençait à se plonger dans de profondes visions ou rêves. Dans son rêve, il suivait une fourmi du regard, ce petit insecte l’intriguait. Il se mit à genou pour l’observer et il le suivit pendant des kilomètres. Soudain, il se cogna la tête contre une sorte de gros monticule en terre. Cette construction le fascinait, il voulait voir ce qu’il y avait dedans. Il fit un trou et vit que des millions de fourmis vivaient à l’intérieur, en société. L’homme se demanda : « Comment font-elles pour s’organiser ? », car il voyait que l’ordre régnait dans cette fourmilière. Et il réfléchit, se disant qu’il faudrait que l’homme vive en société en respectant l’autre, en respectant un certain code de la vie. « Pourquoi cela ne marcherait-il pas avec l’homme, et des lois ? ». Et c’est ainsi que les hommes ont inventé les lois.

 

 

Annexe 2 Extrait du Léviathan

 

De cette égalité des aptitudes découle une égalité dans l’espoir d’atteindre nos fins. C’est pourquoi, si deux hommes désirent la même chose alors qu’il n’est pas possible qu’ils en jouissent tous les deux, ils deviennent ennemis : et dans la poursuite de cette fin (qui est principalement leur propre conservation, mais parfois seulement leur agrément), chacun s’efforce de détruire ou de dominer l’autre. Et de là vient que, là où l’agresseur n’a rien de plus à craindre que la puissance individuelle d’un autre homme, on peut s’attendre avec vraisemblance, si quelqu’un plante, sème, bâtit ou occupe un emplacement commode, à ce que d’autres arrivent tout équipés, ayant uni leurs forces, pour le déposséder et lui enlever non seulement le fruit de son travail, mais aussi la vie ou la liberté. Et l’agresseur àson tour court le même risque à l’égard d’un nouvel agresseur.

Du fait de cette défiance de l’un à l’égard de l’autre, il n’existe pour nul homme aucun moyen de se garantir qui soit aussi raisonnable que le fait de prendre les devants, autrement dit, de se rendre maître, par la violence ou par la ruse, de la personne de tous les hommes pour lesquels cela est possible, jusqu’à ce qu’il n’aperçoive plus d’autre puissance assez forte pour le mettre en danger. Il n’y a rien là de plus que n’en exige la conservation de soi-même, et en général on estime cela permis.

Hobbes
Annexe 3 Textes écrits par les élèves d’une classe de terminales S en réponse à la question qui suis-je ?, réunies en recueil sous le titre « Tout le monde et personne ». (Photos prises par Laurent Boutot. Année 2000-2001)

 

 

Je ne suis pas ce que certains pensent de moi et je suis ce que certains ne pensent pas de moi.

N’arrivant pas à me juger pour dire ce que je suis je laisse les autres me juger.

Par contre je peux décrire mon état d’esprit au travers de phrases tirées de chansons.

Il faut toujours donner le meilleur de soi-même et ne pas rester statique.

Il faut se lever, se battre car l’avenir appartient à ceux qui s’imposent et qui ne baissent pas les bras.

Et enfin il y a de quoi se faire du souci quand au devenir de l’homme sur la planète à commencer par ce pays dans lequel je vis, où l’on cultive la différence.

Voilà quelques traits de ma personnalité mais je demande de ne pas me juger trop vite, seulement sur ces quelques mots, mais plutôt d’apprendre à me connaître…

Baptiste Cransac

 

 

Suis-je ce que je pense être ?

Notre description ne serait-elle pas plus ? juste si celle-ci était faite par une personne extérieure.

Je pense qu’une auto-description serait trop narcissique, ou pas assez.

Et c’est pour cela que je ne la fait pas car celle-ci serait fausse.

Aussi un point de vue extérieur ne se baserait-il pas essentiellement sur les apparences ?

Et tout le monde sait que les apparences sont parfois trompeuses.

Donc qui suis-je ?

Réponse : un homme, et cet homme c’est moi et je suis heureux de l’être.

Philippe Jabet

 

C’est une bonne question ! Pour mon niveau philosophique si peu élevé, elle fait partie des notions abstraites très difficiles à cerner !

Je pense que l’on a tous du mal à prendre assez de recul pour pouvoir se juger assez objectivement, s’interroger, se poser les bonnes questions, les vraies questions.

Pour répondre à cette question pour le moins énigmatique, je ne sais pas encore si je vais me lancer dans un semblant de réflexion philosophique. Alors je vous préviens, j’improvise.

De toutes façons je pense que la personnalité de chacun est engendrée par des phénomènes de mode : on veut imiter les stars, être comme elles… Nous sommes à la fois tout le monde et personne§ Bien sûr il y a quelques marginaux qui veulent se démarquer de la société ; d’ailleurs, ils croient y arriver, ils se disent libres, mais ne sont-ils pas plus « prisonniers » que les autres ?

Je pense que pour pouvoir répondre à cette question : « qui suis-je ? », il faut en partie analyser ses relations avec autrui. De plus, suivant les personnes avec qui on est, on change de personnalité. On garde le même « fond », c’est-à-dire la même conscience, le même inconscient… Mais on veut se montrer différent pour le regard des autres, on veut ressembler à ces personnes pour qu’elles s’intéressent à nous, pour qu’elles nous admirent. En fait, elles se verront elles-mêmes en notre personne, comme nous nous verrons en elles. Là, nous touchons un point très important : lorsque nous aimons ou admirons une personne, n’est pas nous-mêmes que nous aimons ?

 

Je parlais dans le cas général, mais je ne suis pas un surhomme, tout ceci s’applique également à moi.

Je ne sais pas qui je suis, mais qui oserait dire qu’il le sait vraiment ? C’est une question que tout homme s’est plus ou moins posée depuis la nuit des temps et qui demeurera éternelle sans qu’on en voie la fin.

Je ne suis pas vraiment d’accord avec les grandes doctrines philosophiques existentialistes, comme quoi l’homme naîtrait en n’étant rien et aurait la liberté de se choisir en agissant. (Je crois que c’est à peu près ça, si on résume le tout.) Mon avis serait plutôt que l’homme est prisonnier de lui-même, donc il naît en n’étant rien, et meurt en n’étant rien. Certes il a évolué au cours de sa vie, il est sûrement aussi l’espèce dotée de la plus grande intelligence, la seule dotée d’une conscience… Mais il reste, à mon avis, ce qu’il était.

Il se veut toujours supérieur aux autres animaux, mais il n’en est pas moins une bête.

 

La réponse que je vais donner ne plaira sûrement pas à tout le monde, mais c’est celle qui je pense est la plus réaliste et qui convient à l’humanité toute entière : JE SUIS VOUS, JE SUIS MOI, JE NE SUIS PERSONNE ET EN MEME TEMPS JE SUIS l’humanité toute entière.

Benjamin Balaban

 

 

Lorsqu’une personne écrit, le plus dur c’est de se décrire réellement car un auteur a toujours un peu tendance à ne dévoiler de lui-même que des morceaux choisis de sa personnalité pour mettre en avant que ce qu’il veut nous montrer ses qualités ses défauts : il se décrit comme il se voit mais on ne voit pas forcément comme on est réellement. Mais aussi les auteurs ne se dévoilent jamais entièrement, par peur de se montrer sous un mauvais jour et pour ne pas déplaire voire se mettre à dos les lecteurs. Donc, un auteur n’est pas du tout objectif pour se décrire.

Je parle de cela, dire pour dire que l’on n’arrive jamais à mieux se décrire, mais pour me dire il faut que je raconte mon histoire. Il y a presque un an, je ne connaissais presque personne, et je consacrais l’essentiel de mon temps aux études et il me restait du temps mais seul, on n’a pas envie de faire la moindre chose : alors dans mon temps libre j’ai commencé à m’imaginer dans des situations particulières mais toujours entouré de nombreuses personnes et toujours agréable : c’était un moi qui me ressemble mais qui a toujours été dans l’inconscient, dans mon imagination. Mais comme je n’étais rien, et comme je voulais devenir quelqu’un de populaire, il est devenu quelqu’un de presque surhumain : il faisait n’importe quoi et il avait toutes les qualités, il réalisait si l’on peut dire mes rêves.  Cet autre moi me faisait oublier tous me malheurs. Comme j’ai toujours eu une grande imagination, je lui faisais faire des aventures toujours plus périlleuses et impressionnantes, et au fil du temps, ces histoires se répètent mais elles deviennent de plus en plus complexes et développées : mais cet autre moi n’est plus qu’un acteur mais il a fallu que je trouve une identité à ce nouveau personnage, et je voulais qu’il me ressemble physiquement, mais il fallait lui trouver une identité et comme je ne connaissais presque personne et pour un personnage principal il faut un portrait moral : je lui ai donné la mienne, celle de l’époque. Cela fait deux personnages qui ont la même personnalité, alors qu’avec le temps la personnalité change, mais notre activité dite professionnelle l’a fait changer aussi, et en plus à notre âge elle peut changer vite et irrémédiablement. Moi, je ne suis plus au collège et mon niveau scolaire a baissé, et le Fabien de l’irréel est un homme qui réussit tout ce qu’il entreprend, pas comme nous, il a créé une entreprise de haute technologie qui est devenue un empire qui dirige le monde technologiquement, économiquement et politiquement. Mon esprit lui n’y comprend plus rien. Je ne sais plus qui je suis, surtout que j’ai essayé de corriger mes défauts en même temps. A force de manipuler trois personnalités, je me suis perdu, et voilà pourquoi je pète souvent les plombs : mon esprit ne veut plus gérer tout ce monde, parce qu’aussi je réfléchis tout le temps : il faut qu’il se repose de temps en temps et donc à ce moment là je n’ai plus ma raison. Mais puisque je ne connais pas de « gens », n’est-ce pas pour attirer l’attention sur moi ? Cette personnalité est vraiment bizarre, n’est-ce pas. Mais qu’est-ce qu’un personnalité ? Pour moi c’est comme une maison avec des fenêtres pour voir l’extérieur et non pas pour interagir avec l’extérieur et des pièces dans cette maison que chacun peut amener comme il l’entend en puisant des éléments à l’extérieur : mais il ne faut pas laisser, comme moi, tout le temps tout ouvert car on laisse entrer n’importe qui à entré dans son « chez soi » et après il faut ranger passer son temps à ranger et on ne voit jamais comme on est.

Aux yeux de tous je passe pour quelqu’un de gentils, parfois extrêmement hargneux et méchant. Je peux être très sympa lorsque je ne suis pas chiant et surtout lorsque je me mets à tout analyser et à faire des hypothèses qui ne tiennent souvent pas la route. Souvent  ces analyses me font voir les choses avec un regard pessimiste et cela me fait angoisser encore plous que la normale, car je suis très nerveux et en plus j’ai tendance à me dévaloriser car je n’arrive pas à être ce que je voudrais.

Peut-on vraiment être ce que l’on veut et même en y mettant tous les moyens ?

Fabien Raffier

 

 

Je suis ce que je suis :

Un homme ? une femme ? un loup ?

Peu importe… peu m’importe.

Comment me définir ? Narcissique, égocentrique…

Est-ce là le plus important ?

Sans doute, oui…

Je cherche la Clé, la Clé des âmes :

La connaissance du monde, des autres,

Et par là même de soi.

Effort douloureux, le plus souvent infructueux.

Je lis, marche…

Je me retire pour trouver la Clé.

Est-ce dans la retraite que je me découvrirais ?

Ou en société, homme parmi les hommes,

Loup parmi les loups !!

Finalement je pars, marche sur les pentes escarpées :

Un sentier boueux s’élève devant moi.

Mon regard se lève sur les étoiles : elles brillent.

J’aperçois la Clé !

Je m’arrête… Et enfin je comprends…

Je ne sais pas qui je suis.

Mathieu Roby

 

Je ne sais pas. A une question comme celle-là, je répons simplement : moi. Mais plus je réfléchis, moins je réussis à me définir. J’ai l’impression d’être une conscience qui habite un corps mais je suis ce corps. Mon esprit ne peut en changer. Mon corps et mon esprit réalisent une symbiose parfaite entre existence physique et intellectuelle ou plus précisément une servitude du corps par l’esprit, tout se passe dans la tête, même les plus grands exploits physiques. Alors, qu’on arrête de me dire que je peux choisir qui je suis, ma volonté peut imposer des choix à mon corps, mais pas à mon inconscient. Changer un peu mon apparence, faire des efforts pour améliorer mon caractère, malgré toutes ces vaines transformations je reste le même dans le fond. Mon corps vieillit, je pense que l’esprit change aussi grâce à l’expérience et au recul mais pas à notre guise. Mon entourage, vous, joue un grand rôle dans ma vie. J’évolue à travers votre regard et si j’existe, c’est parce que je suis une partie de vous. Je m’épanouis, uniquement grâce à une reconnaissance de votre part. Mes passions font aussi partie de moi, car je ressens une omniprésente envie de liberté, de me retrouver avec mes amis dans un lieu où nous pourrions prendre le temps de se connaître, sans se presser : la montagne. Je vis dans l’incertitude de ce que sera ma vie future mais il faut profiter de chaque instant, même de ce sentiment déstabilisant, car inévitablement c’est le néant qui m’attend. Je ne suis en fait pas grand-chose, c’est pour cela que je n’ai qu’une philosophie : carpe diem.

Régis Bouyssou

 

 

Je suis une goutte d’eau dans un grand océan

Je suis sui peu de chose dans cette immensité

Et pourtant je sais que je suis utile

Car la mer est formée de milliards de gouttes d’eau

La fatalité m’entraîne dans de forts courants

Ils peuvent être chauds

On les nomme alors amour, amitié

Et le bonheur et la joie m’envahissent

Parfois ces courants sont froids

Ils prennent le nom de solitude et de colère

C’est cette même fatalité qui me fait voyager

Je vois différents paysages, différentes personnes, différentes coutumes

A chaque escale j’apprends à vivre comme ceux qui m’entourent

Et je sais qu’au fur et à mesure

Je me forge mon caractère et ma façon de vivre

Ce continuel voyage m’a fait perdre des amis

Car le jusant nous a séparé et chacun a sa vie

Dans des moments comme ceux là

J’ai souvent la nostalgie de mon « chez moi »

Mais où est-ce ? Je ne le sais pas

Peut-être partout et nulle part à la fois…

Claire Baccard

 

 

C’est une grande question. Je suis un homme (ça c’est sûr). Pourquoi ?

Socrate était mortel

Socrate était un homme

Je suis mortel

Donc je suis un homme.

Ce point éclairci, passons au suivant.

Je suis un nain vivant au milieu des géants, un nain musicien qui réussit plus facilement à parler en chansons. Je suis un peu un vagabond car je suis très nerveux pour un paresseux, il faut constamment que je bouge, que je rencontre d’autres personnes vivant dans cette société « un peu spéciale ». Certains vivent pour la réussite sociale, personnellement je ne vis pas d’un but mais d’une philosophie de vie qui s’exprime en quelques mots : carpe diem. C’est-à-dire vivre au jour le jour, vivre le présent et non le subir et profiter de tout ce qui se passe.

Je suis solitaire (non pas un vers), juste solitaire mais paradoxalement je ne peux me passer de la présence d’une autre conscience. Certains me traitent d’extraterrestre car même quand je suis réveillé , je rêve. Mon imagination est terrifiante et me pose pas mal de problèmes car elle n’est jamais satisfaite. Certains me trouvent « jeune dans ma tête », mais cela je l’ai réfléchi car à quoi sert de passer d’une pensée pleine de lumière à une pensée sombre.

En un mot

je suis un nain solitaire mais pas trop qui s’exprime par l’artistique.

Laurent Boutot

 

 

Je suis Yoann BRUNET, élève de Terminale S2. Je suis sans doute l’élève le plus timide de cette classe, et ça tout le monde me le dit. Cela est vrai car je ne parle pas beaucoup, je reste discret. Parfois distrait, je suis doté d’une forte aptitude à l’imaginaire et je puise dans mon éternel sourire intérieur une force qui me protège des errances et de ma distraction.

Et si un jour on me demande pourquoi je suis comme ça, je répondrai : « parce que c’est moi. »

Yoann Brunet

 

 

Cette question est très ambiguë. On ne peut pas vraiment savoir qui on est. Les personnes qui prétendent nous connaître, comme nos parents, des amis, notre petite amie, disent parfois qu’ils nous connaissent par cœur. Mais ils ne peuvent pas vraiment le dire, car même nous-même, on ne sait pas vraiment qui on est. On a une multitude de visages en nous. Un jour, on peut passer pour un type gentil, et un autre jour pour un dealer. Cela dépend en fait de nous, de notre façon d’agir chaque jour, mais vu que cela change tous les jours, on se voit être quelqu’un de différent chaque jour dans nos façons d’agir et de réfléchir ; mais devant les autres, on reste tout le temps le même. Pour les autres personnes, on est le même, ils ne nous voient pas différemment que les autres jours, mais nous, on se voit différent, on peut penser à des choses sur lesquelles on ne s’était pas inquiété auparavant, on peut faire des choses que l’on jugeait dangereuses avant. Je pense moi-même ne pas me connaître. Je suis quelqu’un de différent chaque jour comme on me le dit tous les jours, c’est donc pour ça que je ne peux pas savoir qui je suis. Chaque jour je change de »personne », mais cela se fait inconsciemment, on ne peut pas le savoir car dans notre tête, on sera le même, mais dans nos paroles, nos faits et gestes, on ne sera pas du tout le même et sans le savoir. Personne ne peut savoir, ni nous-mêmes et les autres, qui on est et cela est valable pour toutes les personnes vivant sur cette planète.

Cette question restera sans réelles réponses et un mystère pour nous tous.

Marc Villotte

 

 

«Qui suis-je?» Vaste problème Comment commencer ? Peut être par ce que les autres peuvent voir en premier ? Je m’appelle donc Pierre, Pedro pour les intimes, j’ai dix-huit ans et je termine actuellement ma terminale S, en même temps que mes «années lycées», les plus belles que j’ai jamais vécues jusque là, les plus riches sans doute aussi. J’ai fait la découverte des copains, des sorties, des fameux «repas de classe», de l’amitié. J’ai du mal à reconnaître celui qui n’était encore qu’un petit garçon arrivé à Turgot voilà trois ans, maintenant moins torturé, moins introverti, même si j’aime encore me réfugier dans mon univers, univers que je me suis créé et dans lequel je me sens en osmose, en sécurité ; univers parsemé de textes de Baudelaire, poète que j’affectionne tout particulièrement, d’Edgar Alan Poe, ou de Cioran de jeux de rôles et de fantastique, de mondes peuplés d’elfes, de voleurs et autres lutins sortant du Seigneur des Anneaux de Tolkien. Si l’on ferme les yeux, on entend aussi de la musique, presque inhérente à ma vie, que ce soit celle de la divine rousse Mylène Farmer, de Mano Negra ou encore Savage Garden. Enfin, si l’on cherche encore, on découvre des passions : l’informatique, les mathématiques, le théâtre ou bien encore parler anglais. Bref, une véritable petite planète à part, où j’ai voulu me forger une identité propre. C’est peut-être dans cette optique que je m’habille souvent en noir. Ou peut-être pas. Je trouve que c’est une couleur qui me convient, qui traduit qui je suis en ce moment.

À propos de qui je suis, je ne suis toujours pas plus avancé. Que dire? Commençons par cette couleur qui n’en est pas une, le noir. Pourquoi noir ? Je crois que c’est une traduction de ma timidité. Rester en arrière plan tout en étant remarqué par cette particularité. J’ai très, peut-être trop conscience de l’image que je donne, conscience du corps propre aux ados, qui tantôt me gêne, tantôt me plaît ; image que je travaille beaucoup, pour ne pas subir de regards moqueurs. J’évite encore les miroirs et les photos, mais j’essaye tout de même de m’accepter. Cependant, grâce à ces trois années passées ici une certaine confiance en moi est en train de se construire

Je pense être volontaire, et essaye d’aller jusqu’au bout de mes idées. Même s’il m’arrive parfois d’être maximaliste, de ne pas juger l’ampleur de ce que j’entreprends. Je suis d’ailleurs assez excessif et impulsif ; et il m’arrive de claquer des portes. Mais je me soigne ! Et je pense savoir m’excuser. J’ai aussi du mal à cerner les priorités, du moins ce que d’autres appellent priorités : parce que j’ai envie ou promis, je me lance dans des projets, des défis qui n’ont peut-être pas leur priorité ici et maintenant, au détriment d’une organisation rationnelle du temps. Du moins, d’après d’autres, mes parents parfois.

Pour ce qui est des défauts, je suis parfois de mauvaise foi, têtu, même si j’en suis plus conscient. Quant aux qualités, même quand je suis fier, j’évite d’avoir la grosse tête, et je crois qu’avec mon sens de l’humour j’arrive à faire la part des choses et à me moquer de moi-même.

Mais quelque chose de très inhérent à ma personnalité, c’est finalement cette mélancolie, une espèce de mal-être qui persiste ; la peur du temps qui passe, de ne pas avoir assez profité des instants présents. Relation ambiguë avec la mort ; si angoissante, mais si fascinante. C’est sûrement pour compenser toutes ces angoisses que j’ai besoin d’être aimé, par les autres, mon entourage, ma famille. Besoin inconscient, mais qui ne me permet de vivre que dans des lieux qui me sont familiers. Et c’est pour cela que ma maison, mon « chez-moi» est devenu un véritable cocon ; j’ai la chance d’avoir une famille qui m’aime. Et je le leur rends. Il ne faut pas croire que tout cet amour qui m’est donné est une prison, mais plutôt une énergie qui me pousse vers les autres, et qui prend racine dans la sécurité et la tendresse. Ce besoin d’amour peut-être considéré comme excessif, mais les filles me disent que c’est attendrissant. Alors …

Voilà, je crois avoir fait à peu près le tour de la question. Et je voudrais finir en remerciant ma famille et mes amis, grâce à qui je suis ce que je suis. Un garçon mélancolique, mais qui prend goût à la vie.

Pierre Cacaud

 

 

 

Pour répondre à la question “Qui suis-je?” , on peut commencer par se demander ce que nous avons fait depuis notre naissance et comment nous réagissons aux événements que la vie nous propose, c’est un peu dresser un bilan de son existence.

 

Qui suis-je vraiment aujourd’hui?

Un bomme ayant des sentiments, des pensées, des opinions, des traits physiques, un caractère particulier, un homme appartenant à l’humanité et pourtant n’y changeant rien.

 

Je suis une personne qui est et qui n’est pas.

Je suis car j’existe mais je ne suis pas car j’essaye de ressembler aux autres.

 

Je ne connais pas ma destinée, je ne connais pas mon but dans la vie. Est ce que je connais vraiment mes goûts? Est ce que je sais qui je suis?

Apparemment non puisque je me pose cette question.

 

Personne ne peut dire qui il est et moi aussi je ne sais pas qui je suis.

Ludovic Blanchon

 


Annexe 4 Introduction, extrait du sommaire et deux « expériences de philosophie quotidienne ».


Annexe 5 Expériences de philosophie quotidienne, premiers essais, année 2004-2005. Textes affichés au CDI au mois de mai.

 

 

Se regarder dans un miroir

 

 

 

durée :5 mn

matériel : miroir

effet : éphémère

 

 

 

 

Ce qui caractérise votre reflet, c’est votre apparence, mais aussi l’opinion que vous avez sur elle. Lorsque nous regardons notre reflet, il est difficile d’avoir un avis neutre : un soir avant d’aller en boîte de nuit, il n’est pas rare de dire « ah ! Je suis mal rasé et en plus je ne suis pas beau », alors que vous vous focalisez seulement sur des détails.

 

 

Imaginez que vous voyez quelqu’un d’autre ; ceci vous déroute car, quoi que vous fassiez, vous voyez quelqu’un qui vous ressemble. Et si vous partez un jugement sur son apparence ou son attitude, vous risquez de prendre conscience de vos défauts en fonctions de vos canons physiques.

 

 

 

Finalement, ce que vous voyez c’est une image de vous en face de vous, ou plus simplement votre reflet.

 

 

Un miroir c’est un moyen de prendre conscience de son reflet et donc un moyen d’acquérir un regard critique sur le monde qui nous entoure et sur nos propres sens.  

 

 

Florian Delmas

 

 

 

 

 

Se regarder dans un miroir

 

 

 

durée : variable selon ce que l’on veut faire, de quelques secondes à quelques minutes

matériel : miroir

effet : motivant, horrible ou aveuglant, selon l’état physique et moral, la lumière.

 

 

 

 

Se regarder dans un miroir, c’est une expérience qui permet de réfléchir, de penser, de discuter : on communique avec son reflet, il est nous, et en même temps seulement une image. Il permet de se confronter à soi-même. Je trouve qu’il permet de se soutenir soi-même dans les moments de doute.

 

 

Ce qui caractérise votre reflet, c’est votre état du moment, physique et moral. En regardant les yeux du reflet, on voit ce que les autres lisent, ou croient apercevoir dans nos pensées.Cet acte permet donc de se connaître mieux soi-même.

 

 

Imaginez que vous voyez quelqu’un d’autre. Vous vous interrogez alors : pourquoi mon reflet a-t-il disparu ? Car si vous voyez quelqu’un d’autre, c’est que votre reflet n’est plus. Existez-vous toujours dans ce cas ? Venez-vous de disparaître sans vous en rendre compte ? Comment sait-on alors qu’on existe matériellement ?

 

 

Finalement, vous vous dites que vous vivrez sans doute bien mieux sans vous poser ces questions, et que vous retrouverez votre reflet après avoir dormi un peu. Et vous allez vous recoucher.

 

 

Un miroir c’est un objet qui permet d’abord de voir et de regarder soi, mais qui permet aussi de s’interroger sur soi-même, ou de s’entraider soi-même, lorsque l’on n’est pas bien.

 

 

Pascal Delaître

 

 

 

 

 

Se regarder dans un miroir

 

 

 

durée :1 minute

matériel : un miroir

effet : quotidien

 

 

Ce qui caractérise votre reflet, c’est la vision que vous en avez : bonne ou mauvaise. A travesr cette vision, vous vous découvrez tels que les autres vous voient tous les jours, quotidiennement.

 

 

Imaginez que vous voyez quelqu’un d’autre ; ce ne peut être qu’une hallucination, vous êtes dans un état second, c’est une vision éphémère : un rêve. vous êtes peut-être inconscient.

 

 

Finalement, ce que vous voyez ce n’est qu’une personne banale qui se regarde dans son miroir avant une nouvelle journée.

 

 

Un miroir c’est l’objet qui vous rend conscient de votre propre existence. Vous vous voyez tel que vous êtes.

 

 

Vincent Chaleix

 

 

 

 

Se regarder dans un miroir

 

 

 

durée :quelques secondes à quelques minutes

matériel : miroir

effet : découverte

 

 

 

Faites comme si vous ne vous étiez jamais vus. Vous commencez par bouger un bras, puis vous vous rendez compte que la personne que vous voyez dans le miroir fait exactement les mêmes gestes que vous, au même instant. Vous continuez à bouger et enfin vous vous rendez compte que ce qui bouge en face de vous est vous ! Alors vous vous regardez sous tous les angles pour reconnaître votre corps tel que vous le voyez tous les jours sans y faire attention. Puis vous examinez votre visage que vous n’aviez jamais vu, vous voyez enfin à quoi il ressemble, et ce que voient les autres lorsqu’ils vous regardent.

 

 

Imaginez que vous voyez quelqu’un d’autre ; wouahou !! C’est étrange ! C’est moi ? peut-être que je me suis métamorphosée… Bizarre… je suis devenue une vieille femme, toute ridée, impossible de dire son âge, peut-être 70 ans… ou plus ! Cette dame a l’air plutôt heureuse, je pense qu’elle a une vie plutôt réjouissante ! Oh ! mais elle a exactement les mêmes yeux que moi, le même regard, ainsi que les mêmes mimiques, les mêmes expressions… Serait-ce moi ? Peut-être que je peux voir l’avenir. Ça fait peur quand même de se voir comme ça.

 

 

Finalement, ce que vous faites c’est que vous partez en étant heureuse d’avoir un don. Mais vous n’arrêtez pas de penser à ce à quoi vous allez ressembler dans une soixantaine d’années. Cela vous hante et vous fait peur. Mais bon, la vie continue… arrivera ce qu’il arrivera ! Vous verrez bien ! Il est évident que vous avez envie de revoir cette vieille femme, de la regarder sous tous les angles, de voir tous les détails de son corps et de le comparer au vôtre…. mais c’est une apparition que vous n’avez eu la chance de vivre qu’une seule fois dans votre vie. Maintenant, pour la suite, il va falloir attendre et vivre jour après jour sans vous poser de questions sur votre avenir.

 

 

Ce qui caractérise votre reflet, c’est que c’est bel et bien vous, et pas le reflet d’une autre personne.

 

 

Cécile Gayot

 

 

Annexe 6 « séquence d’écriture » mené avec un petit groupes d’élèves de terminales S, année 2003-2004.

 

 

La dernière fois que je me suis vue dans une glace :

 

La dernière fois que je me suis regardée dans une glace, c’était pour me maquiller, comme tous les matins. Ce sont toujours à peu près les mêmes gestes, à la différence que, selon mon humeur, je change de couleur de fard à paupières : l’orange-brun pour le classique, le vert pour l’excentrique et le rose-violet pour les moments de tendresse… Contrairement à ce que peuvent croire certains, je ne pense pas que le fait de se maquiller permette de se cacher derrière un masque, mais simplement de dissimuler les petites imperfections et de se sentir plus belle, donc d’être mieux dans sa peau. Bref, dix minutes quotidiennes de bonheur…

 

 

Dix choses dans lesquelles je me reflète :

 

  • la glace de la salle de bain
  • les fenêtres
  • des lunettes de vue
  • mon saxophone
  • le pupitre
  • une cuiller
  • le manche à balai (en alu)
  • un CD
  • une lentille convergente (spé)
  • une lance de soldat romain (gala patinage)

 

 

Mon reflet préféré :

 

Evidemment, celui du saxophone… Ce qui m’a séduite chez le sax, hormis le fait que ce soit, là encore, un monde majoritairement masculin, c’est sa récence : en effet, c’est un instrument qui amène à réflexion, qui éveille la curiosité, car peu connu… Les yeux des personnes qui pétillent, à la fois ébahies devant le sax qui était en fait une énigme, et heureuses d’avoir fait une découverte, d’avoir enfin su « comment ça marche », ce sont des instants magiques… Et puis, le sax, c’est aussi le Roi du blues et du jazz, il a donc permis a beaucoup d’exprimer leur tristesse à travers la musique ! Mais, cet instrument a l’avantage de pouvoir jouer toutes sortes de musiques : du classique au contemporain en passant par la valse, la bossa, le latin-funk, le cha-cha ou le rock (etc.). Bref, avec lui, on peut visiter le monde en cinq minutes !

 

Jessica Morliéras

 

 

La dernière fois que je me suis vu dans une glace :

 

La dernière fois que je me suis vu dans une glace, c’était ce matin, j’étais en train de me raser. A moitié habillé, juste avec un calbutt et un fut, j’étais barbouillé de mousse a raser, et le rasoir venait d’achever son travail. Avec la figure lacérée par le MACH3, 3 lames pour un rasage plus précis, il passe une fois, il coupe 3 fois, je m’étais coupé de partout, le sang coulait à flot sur mon visage. Même les cheveux bien coiffés ne m’enlevaient pas cet air de guignol, torse nu, bien coiffé, bien rasé, mais la gueule en sang. A quoi devais-je ressembler ? Le sourire, la force de vivre se lisait sur mon visage mais tout ce sang me donnait un air terrifiant. Oh un épi dans les cheveux ! Là, même a Halloween je récolterais des bonbons sans déguisement !

Voilà pas grand chose d’autre à dire, à part que maintenant, je me suis recoiffé, j’ai enlevé le sang et que voyez-vous devant vous ? Un jeune homme coiffé et rasé portant toujours la joie et la force de vivre sur son visage.

 

 

Dix choses dans lesquelles je me reflète :

 

  • ma brèle
  • la voiture
  • la glace de ma salle de bain
  • mes potes, le groupe
  • les BD Joe Bar Team : Trip avec des potes ( Paulo les Gaz )
  • mon VTT
  • le miroir derrière les Bars
  • la musique
  • l’eau
  • l’air

 

 

Mon reflet préféré :

 

Mes potes de Pana

Impression que le groupe c’est UN avec un peu de Chacun qui forme un tout.

L’absence d’un déstabilise tout le monde.

Mon MOI est inclus dans un tout qui s’appelle « nous ». Une décision, c’est un peu de la décision de chacun. Si chacun y met du sien, ça change les choses, et les choses sont changées par juste un petit peu de chacun ;

Là je crois que la phrase « Un pour tous et tous pour un » trouve son Vrai sens.

 

 

Laurent Bel

 

La dernière fois que je me suis vue dans une glace :

 

C’était il y a à peine 5 minutes, j’ai observé ma tête de gamine avec mes 2 couettes, j’ai fait un grand sourire et j’ai tiré la langue. J’étais en super forme même si mon nez est tout pelé et tout rouge à cause du rhume! J’ai mis de la musique : zouk, reggae et j’ai dansé. C’est cool j’adore ça !!

 

Dix choses dans lesquelles je me reflète :

 

  • La fenêtre de ma chambre avec un beau signe “peace and love” vert jaune rouge collé dessus
  • La grande glace de ma nouvelle armoire
  • Les petits dessins que je fais suivant mon humeur
  • L’océan Atlantique que j’adore regardé
  • les lavoirs près de ma maison d’enfance
  • Le robinet de ma baignoire : c’est marrant parce que c’est tout rond
  • mes déguisements : personnalité, bout de moi
  • mes yeux dans mes lunettes, c’est trop marrant parce qu’on voit la peau du coin de l’œil de très près
  • les vitraux d’une église colorée parce que je crois en Dieu
  • l’eau des fontaine, j’aime bien le bruit de l’eau qui coule

 

Mon reflet préféré :

 

LA MER                floue masque les défauts

Toujours changeante, en mouvement et à la fois toujours la même

Parce que :

ça me fait penser a une belle chanson de Regg’Lys

ça me manque en Limousin

elle peut être calme et belle

elle est infinie

 

 

Pauline Grellier

 

La dernière fois que je me suis vu dans une glace :

 

Je suis trop mal rasé ! Faut que je le fasse sinon ça fait crade. Je trace, sinon je vais rater le bus. Trop la flemme de bouger la moto. Faudra que je passe chez le coupe-tif bientôt. Merde, l’ampoule a encore claqué. Bon, pas le temps de réparer, on finit à l’arrache, on verra ce soir. Je sais plus quoi écrire. Faut dire que les souvenirs sont pas très précis, quand je me lève à six heures, je reste dans le pâté un bon moment. Bon, c’est long sept minutes. Ca y est, ça revient. J’ai entendu ma sœur se lever, et un gros bruit. Elle a du se rater en préparant son dèj. Bon, le rasage, c’est fait. Un ptit coup de gel et c’est parti. Merde, le bus est dans dix minutes, je vais devoir courir et je suis pas réveillé. Si je le rate, je serais obligé de prendre la moto et avec le bol que j’ai, je vais me faire saucer la tronche. Re-panne de neurones, je sais plus quoi écrire.

 

 

Dix choses dans lesquelles je me reflète :

 

  • Mon miroir (pas trop souvent sinon je déprime)
  • Le réservoir de la DT (the pilot)
  • Le cadavre de vodka chez Flo (je suis pas sur que c’était mon reflet, j’étais trop dépouillé)
  • Le casque de mon père
  • L’écran de la télé
  • Le pot de gel le matin ( trop space, le reflet )
  • un oreiller
  • une couleuvre (feignasse)
  • la neige (le bus passe pas quand il neige : le pied !!!)
  • Valentino Rossi (ça va les chevilles ?!)

 

 

Mon reflet préféré :

 

Le reflet dans le casque de mon père : il est gris clair, donc il reflète bien. C’est trippant, ça fait caméra embarquée sur une brêle de course. En plus ça fait des formes bizarres et ça change les couleurs : le ciel bleu devient un peu orange et j’ai une tronche de trente kilomètres de long. Le seul truc qui le fait pas, c’est quand je m’endors à moitié (ben oui, mon père en moto, c’est pas un nerveux) et que mon père freine brusquement. Ca réveille !!!!

 

 

Aymeric Chovaux

 

La dernière fois que je me suis vue dans la glace:

 

La dernière fois que je me suis regardée dans la glace c’était ce matin en me levant… d’ailleurs j’ai eu un peu peur en me voyant… et oui tout cela à cause du manque de sommeil… et oui “elles sont là les jolies petites cernes”…

Au fait qui est-ce qui a inventé le MIROIR… on a vraiment besoin de se regarder…? Et si on ne se regardait pas on se reconnaîtrait ou tout simplement on saurait qui l’on est physiquement…?? Sûrement… mais j’en ne sais rien….!!! bon c’est quand que ça se finit, je n’ai plus rien à dire, je sèche…!!!!!

 

 

Six choses dans lesquelles je me reflète :

 

  • la glace lorsque je me lève le matin
  • dans ma table de chevet (il y a une glace)
  • dans la plaque de cuisson de la cuisine
  • dans les vitres de la voiture
  • dans le cadran de ma montre
  • sur les lames de mes patins

 

 

Mon reflet préféré :

 

L’objet dans lequel je préfère me refléter est où sont, plutôt, mes lames de patins. Ce n’est pas vraiment l’image qui me plaît car c’est un tout petit bout de “miroir” tout rayé qui déforme tout…Cependant si c’est cet objet que je préfère c’est parce qu’il représente beaucoup pour moi…j’ai passé toute mon enfance avec le patin, il fait partie de moi, c’est une vraie passion…

 

Julie Cachau

 

La dernière fois que je me suis vu dans la glace :

 

Ce matin en me levant je suis allé dans la salle de bain je me suis vu dans la glace je me suis dit :

« eh ben j’ai encore une gueule de déterré je me suis pourtant pas couché tard enfin bon. » Je me suis lavé la figure je me suis reregardé c’était toujours pareil. J’ai déjeuné j’ai pris une douche et après dans la glace je ressemblais à un zombie tout propre…. Y’a rien à faire me lever si tôt ça me réussit pas ça fait chier. Voilà je me mets à déprimer je voudrais me recoucher mais j’ai pas le choix alors tant pis. Elles sont toujours pas finies les 7 minutes ? g mal au poignet…

 

Pierre Boulesteix

 

[1] Ce principe vient des travaux de Bernard Defrance. Il est parfaitement expliqué dans Le plaisir d’enseigner, Quai Voltaire, 1992.

[2] http://www.gfen.asso.fr/

[3] Raconter une émotion esthétique, une expérience du travail, de la liberté, etc. Ce type de consigne serait évidemment moins précis, et donc moins facile d’accès, et tous les élèves n’auraient peut-être pas, pour le coup, « quelque chose à écrire ».

[4] Certains voient l’état de nature comme un Paradis ; d’autres en font un Enfer. Pour certains, la loi est synonyme de liberté, pour d’autres au contraire elle ne fait qu’asseoir la domination des plus forts, etc.

[5] Il est frappant de voir comment, à travers ces textes d’imagination, les consciences sont habitées par de telles représentations : les lois viennent souvent d’un « élu », d’un « sage » (et parfois d’un extraterrestre).

[6] Ce qui en soi est extrêmement intéressant, et recouvre une interrogation aussi ancienne que l’humanité.

[7] Encore ! Cela dit sous forme de plaisanterie, mais en ces temps d’irrationalité galopante, il n’est pas inutile parfois de remettre quelques points sur quelques i : et la question des extra-terrestres est par ailleurs loin d’être négligeable.

[8] Op. cit., p.3.

[9] Pour ceux qu’étonnerait la dernière expérience, voici une phrase de Sartre extraite de L’existentialisme est un humanisme : « L’homme n’est pas un chou-fleur. »

[10] Durée : une heure. Matériel : une salle de classe, une quinzaine d’élèves (ou plus). Effet : intéressant.

One thought to “Travaux d’écriture en cours de philosophie, par Jean Gilbert”

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