Débat sur l’injonction à la beauté

A. Ressources pour la préparation du débat

Vidéos

Princesses, popstars et girl power de Cécile Denjean (2014), un documentaire très apprécié des élèves sur le phénomène marketing de la culture girly

L’intervention de Sara Forestier dans l’émission Stupéfiant sur la place des femmes au cinéma

Extrait du documentaire La domination masculine : un graphiste retouche une photographie de corps féminin (27’46” – 31’06”)

La chaîne “Cher corps”, des portraits de femmes qui évoquent leur rapport au corps et qui prônent l’acceptation de soi

Diaporama

Photographies issues du mouvement “body positive”, qui vise à renforcer l’estime de soi en donnant une visibilité à tous les corps et en déconstruisant la norme de la beauté unique, jeune, mince, blanche, cisgenre et valide

Lectures

Extraits du livre de Mona Chollet Beauté fatale, les nouveaux visages d’une aliénation féminine (La découverte) :

  • quatrième de couverture
  • “au-delà des belles images” (p. 8) jusqu’à “la défense des droits reproductifs” (p. 9)
  • “n’exister que par la beauté” (p. 34) jusqu’à “impossible d’échapper à leur matraquage” (p. 35)
  • “Devant les émissions” (p. 180) jusqu’à “toute réserve” (p. 181)
  • “La dévalorisation systématique de leur physique” (p. 36) jusqu’à “dépend de son apparence” (p. 37)

Bande dessinée « Le regard masculin » d’Emma (Un autre regard).

B. Déroulement du débat

Nous avons adopté le même fonctionnement que pour le débat sur les violences sexistes et sexuelles.

Chaque groupe a choisi une question différente.

On pourrait envisager de demander à l’élève chargé.e du bilan de prendre des notes directement sur l’ordinateur de la classe pendant le débat, et les vidéo-projeter en même temps (je n’ai pas encore testé cette possibilité).

C. Bilan du débat   

Groupe 1 : “peut-on être indifférent à la beauté ?”

Le culte de la beauté est omniprésent. La société véhicule l’idée qu’il faut être beau pour réussir dans la vie, et elle fixe des normes de beauté très contraignantes. Par exemple les femmes doivent être minces, les hommes musclés, etc. En réalité, la beauté est subjective et donc différente pour tout le monde. Il y a tellement de différences et de goûts dans le monde que chacun y trouve une beauté différente.

Cependant, le modèle dominant nous est imposé, on est obligé de le voir. Mais ce qu’il faut, c’est passer outre ce modèle, du moins essayer car cela est très difficile. Ce modèle est présent partout, dans les médias, dans les magazines, dans les rues (affiches publicitaires), les films, les musiques, la mode, les sites de rencontres…

On nous fait croire que si on ne suit pas ce modèle imposé, on ne va pas réussir dans la vie, dans le travail, etc.

Quelles sont les solutions ? On doit avoir confiance en soi, s’assumer, ne pas être esclave du jugement des autres. On doit être beau pour soi et non selon l’avis des autres.

Si on veut par exemple avoir les cheveux roses, être sexy, être prude, se maquiller ou ne pas se maquiller, etc, il faut le faire. On doit faire ce qu’on désire pour notre personne et non pour autrui. Si par exemple un homme désire se maquiller, il doit avoir le courage de le faire et de briser ce tabou. Il faut oser s’affirmer. Il faut se sentir bien avec soi-même, s’aimer soi-même. La confiance en soi est la chose la plus importante.

Il faut tenter de résister à l’influence de la société et au regard d’autrui. Mais cela peut paraître difficile mentalement, car la société nous juge si on s’écarte des normes, cela peut entraîner du harcèlement, et des complexes chez la personne concernée. Certaines personnes n’osent pas affirmer leur liberté par peur des risques possibles.

Faut-il vivre heureux en s’acceptant et en oubliant le jugement des autres ? Ou alors malheureux mais en rentrant dans les cases imposées par la société ?

Il faut donc là encore changer la société, mais surtout l’éducation, pour éviter le jugement futur de la société, cesser de stigmatiser celles et ceux qui s’écartent des normes. Il faut qu’une personne puisse faire ce qui la rend heureuse. Le problème est donc de savoir si une chose lui a été imposée ou si la personne a été libre de son choix, par exemple il y a des femmes qui aiment être sexy et d’autres non, on doit leur laisser le choix.

Comment éduquer son enfant pour qu’il échappe aux stéréotypes sexistes, à l’influence des médias, mais sans l’enfermer dans une bulle ? Il faut laisser le choix à l’enfant, mélanger les jouets et éviter la ségrégation filles / garçons. Il faut lui donner confiance en lui. Il faut aussi faire un travail sur soi pour se définir, pour faire ses propres choix.

Groupe 2 : “la popstar est-elle une femme-objet ou une femme libérée ?”

On peut avoir envie de dévoiler sa sexualité pour s’affirmer en tant que femme, pour se sentir bien, pour explorer sa féminité.

Le problème, c’est que le désir de libération a été récupéré par la société de consommation. Le féminisme est devenu capitaliste. Les femmes sont hypersexualisées pour faire des vues et de l’argent. Le corps de la femme est considéré comme un bien de consommation, un objet que l’on peut regarder, critiquer, commenter, utiliser pour vendre tout et n’importe quoi. Très souvent, à la télévision ou au cinéma, la femme est là uniquement pour son corps, pour faire la potiche, comme Kelly dans Touche pas à mon poste.

Le public, très jeune, prend ces femmes-objets comme modèles.

Les jeunes filles sont soumises à des injonctions contradictoires. On les incite à la fois à cacher leur corps et à se dénuder.  Elles sont jugées en permanence. Soit on est une sainte-nitouche, soit on est une pute. On ne sait pas comment être. On se fait critiquer, qu’on soit en jean ou en robe. Il y a une perte de repères. La société crée une sorte de compétition entre les femmes respectables et les prostituées.

On demande aux actrices ou aux chanteuses de se déshabiller pour faire carrière. Peut-on refuser ce rôle de femme-objet (séduisante, sexy et féminine à toute heure) ? La chanteuse Adèle refuse de se dénuder. Elle fait de la musique pour qu’on l’écoute. On peut avoir du succès sans se déshabiller. Emma Watson a fait carrière sans se dénuder, et elle utilise sa célébrité pour défendre des causes.

L’hypersexualisation des petites filles et des très jeunes filles pose problème. De jeunes actrices sont sexualisées prématurément à des fins commerciales, comme Millie Bobby Brown, jugée belle et « sexy » alors qu’elle n’avait que treize ans. Les jeunes actrices sont contrôlées par les producteurs. On demande à des enfants de se dénuder, d’être sexy. Or, on n’est pas « libre » de consentir à douze ou treize ans.

Dans les concours de mini-miss, les petites filles sont maquillées, portent des tenues sexys.  Certaines sont contentes d’être le centre de l’attention. Mais d’autres sont forcées par leurs parents. On leur vole leur enfance.

Dans notre société, la petite fille est perçue comme une mini-femme. Elle est soumise à cette injonction : « sois une femme » (c’est-à-dire sois sexy, comme si c’était la seule manière d’être une femme).

On peut tomber dans le travers inverse : le rejet de tout ce qui est catalogué comme « féminin », voire la stigmatisation des femmes sexys.

Dans tous les cas, l’injonction à la beauté réduit la confiance en soi des femmes.

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