Débat sur les violences sexistes et sexuelles

Il peut être préférable de proposer un débat sur l’amour et la sexualité, afin d’éviter de donner une vision uniquement négative et menaçante de la sexualité, sans pour autant occulter la question des violences.  Je conseille d’accompagner ce débat d’une formation sur les violences sexistes et sexuelles, qui peut intervenir avant ou après le débat.

A. Ressources pour accompagner le débat

Vidéos sur le sentiment amoureux

On peut montrer des extraits du film Les Amours imaginaires, de Xavier Dolan, afin d’illustrer la cristallisation amoureuse et d’inviter les élèves à remettre en cause leur hétéronormativité. Je montre trois extraits en particulier : la scène de la rencontre, celle de la cristallisation (lors de l’anniversaire) et celle de la déception.

Le mythe d’Aristophane (Platon, Le Banquet)

Vidéos sur les violence sexistes et sexuelles

Qu’est-ce que le sexisme ?

« Bande-son de la vie d’une femme »

« C’est quoi le sexisme ? Quel lien avec les violences ? » (par le centre Hubertine Auclert)

Le harcèlement de rue

« Vie de meuf : les relous »

« Martin sexe faible : le harcèlement de rue »

« Le harcèlement de rue, bientôt un délit ? »

Sexisme et racisme

« Amandine Gay : Ouvrir la voix, un film afroféministe »

Homophobie

Deux vidéos et un article pour déconstruire l’argument homophobe d’après lequel l’homosexualité serait « contre-nature » :

Les violences envers les personnes trans et intersexes

Eric Guéret, Trans, c’est mon genre. Depuis 2016, les personnes trans n’ont plus besoin d’avoir été opérées (opération impliquant la stérilisation) pour changer de sexe à l’état civil. Mais elles doivent encore passer devant un juge. Elles sont victimes de la transphobie de la société, de l’Etat, des médecins, de leur famille, de l’école.

N’être ni fille ni garçon : documentaire sur les personnes intersexes et les mutilations qu’elles subissent de la part de médecins français (dénoncées par l’ONU comme des actes de torture)

https://www.arte.tv/fr/videos/068793-000-A/france-n-etre-ni-fille-ni-garcon/

Parler des violences sexistes et sexuelles par le biais d’une série

Extraits de la série 13 reasons why, saison 1 (disponible sur netflix et très populaire auprès des élèves, cette série est parfaite pour aborder la question des violences sexistes et sexuelles en milieu scolaire : slut shaming, body shaming, homophobie, harcèlement, agressions…)

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* épisode 1×01 (45’ 13’’ – 46’ 22”) : une photo d’Hannah, prise par Justin lors de leur premier rendez-vous, circule sur les réseaux sociaux

* épisode 1×03 (22’59” – 25’03”) : Hannah apparaît sur une liste “meilleur – pire”

* épisode 1×03 (42’ 12”- 43’ 41”) : Hannah est agressée sexuellement par Bryce

Le consentement

« Le consentement expliqué avec une tasse de thé »

Deux extraits de l’excellent documentaire Sexe sans consentement de Delphine Dhilly et Blandine Grosjean :

« Me too », des femmes témoignent du harcèlement ou des agressions qu’elles ont subies :

La culture du viol

Harrison Ford et la culture du viol

Le slut-shaming (« humiliation des salopes »)

Les critères de beauté

Léa Bordier, Cher corps

Les mouvements féministes au Mexique

Documentaire Arte, « Mexique : Bloque Negro, la révolution féministe »

Documentaire Brut, « Mexique, elles se soulèvent contre les féminicides »

Les injonctions paradoxales

Cynthia Nixon, « Be a lady they say »

Polycopié avec un rappel de la loi, les chiffres, les mots-clés (à actualiser)

Diaporama

  • publicités sexistes
  • affiches de film extraites du tumblr headless women of Hollywood
  • exposition « tu étais habillée comment ? » qui déconstruit les clichés sur le viol
  • manifestations féministes contre les violences faites aux femmes (« slutwalk »)
  • affiches de campagnes de prévention contre le viol, comme celle réalisée par l’Espace santé étudiants de l’université de Bordeaux (« j’étais partante, puis-je changer d’avis ? », « je l’aime, puis-je lui dire non ? », « on flirte, puis-je m’arrêter là ? »)
  • Collages féministes
  • Visuels de l’association « Nous toutes »

Quizz

« Drague, blagues lourdes, harcèlement sexuel ou agression, êtes-vous sûr.e de savoir faire la différence ? »  (site de France Info)

– Textes féministes sur l’amour, la sexualité, les violences sexistes et sexuelles

Simone de Beauvoir (Le deuxième sexe, II) analyse de manière saisissante les conséquences psychologiques du harcèlement de rue.

« Sous le pull-over, sous la blouse, les seins s’étalent et ce corps que la petite fille confondait avec soi lui apparaît comme chair ; c’est un objet que les autres regardent et voient. « Pendant deux ans j’ai porté des pèlerines pour cacher ma poitrine tant j’en avais honte », m’a dit une femme. (…) « A treize ans, je me promenais, jambes nues, en robe courte », m’a dit une autre femme. « Un homme a fait en ricanant une réflexion sur mes gros mollets. Le lendemain, maman m’a fait porter des bas et allonger ma jupe : mais je n’oublierai jamais le choc ressenti soudain à me voir vue« . La fillette sent que son corps lui échappe, il n’est plus la claire expression de son individualité ; il lui devient étranger ; et, au même moment, elle est saisie par autrui comme une chose : dans la rue, on la suit des yeux, on commente son anatomie ; elle voudrait se rendre invisible ; elle a peur de devenir chair et peur de montrer sa chair ». (Folio Essais, p. 63-64)

« Beauvoir décrit une expérience largement partagée de la puberté : devenir chair se produit pour la jeune fille à travers le choc terrible qu’elle est regardée. A partir de la puberté, la femme va faire l’expérience d’un corps qui est objectifié avant même de pouvoir être un corps-pour-moi : dans l’espace public, dans la rue, mais aussi dans les interactions familiales, la jeune fille va soudainement comprendre que son corps est sexualisé par le regard des hommes. Alors qu’elle n’attirait pas jusque-là d’attention particulière, elle va se voir vue, se voir examinée, se voir désirée. D’une certaine manière, elle va devoir prendre conscience qu’avec la puberté, son corps est devenu quelque chose qui ne lui appartient plus, qui est non plus son corps à elle, mais un corps de femme, c’est-à-dire dans le regard des hommes, un objet de désir (…). Aujourd’hui encore, la puberté est vécue comme une transition du corps à la chair, par laquelle la jeune fille prend conscience que son corps n’est pas d’abord son corps, mais ce qui la fait apparaître dans le monde comme une proie possible (…). Son corps-pour-soi est d’abord un corps-pour-autrui, un corps qui la signale comme étant susceptible d’être sexuellement possédée ». (Manon Garcia, On ne naît pas soumise, on le devient, Climats, p. 184-185)

Corpus de textes féministes sur l’amour, la sexualité, les violences sexistes et sexuelles

https://docs.google.com/document/d/1r9kuPFlSN_HvhyxbjWF8xRyzhy_pmO76ySvT1uNNmPg/edit?usp=sharing

Voici une bibliographie non exhaustive :

Généralités

Sabrina Cerqueira, Tomber amoureux
Olivia Gazalé, Je t’aime à la philo, quand les philosophes parlent d’amour et de sexe
Tableau d’Edvard Munch, Le baiser (à analyser en parallèle du mythe d’Aristophane)
Platon, Le Banquet, en particulier le mythe d’Aristophane
Stendhal, De l’amour (la cristallisation amoureuse)
Xavier Dolan, Les amours imaginaires (à analyser en parallèle de la théorie de Stendhal)

Féminisme

Essais

  • Iris Brey, Le regard féminin, une révolution à l’écran
  • Mona Chollet, Sorcières, Chez soi, Beauté fataleRéinventer l’amour
  • Alice Coffin, Le génie lesbien 
  • Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, II en particulier « Enfance », « La jeune fille », « L’initiation sexuelle » et « L’amoureuse »
  • Virginie Despentes, King Kong Théorie 
  • Judith Duportail, L’amour sous algorithme 
  • Manon Garcia, On ne naît pas soumise, on le devient
  • bell hooks, La volonté de changer – les hommes, la masculinité et l’amour
  • Eva Illouz, Quand l’amour fait mal, en particulier « La demande de reconnaissance : l’amour et la vulnérabilité du moi »
  • Aïssa Maïga, Noire n’est pas mon métier (ouvrage collectif)
  • Valérie Rey-Robert, Une culture du viol à la française

Romans

Lola Lafon, Chavirer
Vanessa Springora, Le consentement

Film sur le viol

Naël Marandin, La terre des hommes

Bandes dessinées

Emma, Un autre regard, La charge émotionnelle, en particulier « le regard masculin », « fallait demander » et « le pouvoir de l’amour » (disponibles en ligne)
Ovidie et Diglee, Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels
Liv Strömquist, I’m every woman !, Les sentiments du prince Charles

En ligne :

Le tumblr “Projet crocodile”, des histoires de harcèlement et de sexisme ordinaire, par Juliette Boutant et Thomas Mathieu

“la culture du viol”, par Emma (Un autre regard)

Podcasts

Charlotte Bienaimé, Un podcast à soi
Rokhaya Diallo, Kiffe ta race
Victoire Tuaillon, Les couilles sur la table, Le cœur sur la table Charlotte Pudlowski, Ou peut-être une nuit (sur l’inceste)

Sites internet

Site de l’association « Nous toutes » : https://www.noustoutes.org/
Site de l’association martiniquaise « Culture Egalité » : https://www.cultureegalite.fr/

B. Déroulement du débat

Classe mixte ou non-mixte : débat mouvant

Il s’agit d’inviter les élèves à réfléchir à des énoncés patriarcaux et hétéronormés, comme « c’est toujours à l’homme de faire le premier pas », « quand une femme s’habille sexy, c’est pour provoquer les hommes », « les hommes ont plus de désir sexuel que les femmes », « dans un rapport sexuel, il y a un moment où on ne peut plus dire « non » ».

L’enseignant.e écrit la phrase au tableau. Les élèves qui sont « d’accord » avec la phrase se mettent d’un côté de la salle, les élèves qui ne sont « pas d’accord » se mettent de l’autre côté.

Ensuite, ils échangent leurs arguments. Un.e élève peut changer de côté au cours du débat, s’il est convaincu par les arguments de l’autre groupe. L’objectif du débat est que les élèves parviennent à remettre en question leurs préjugés sexistes, et d’encourager les élèves féministes à développer leur argumentation.

L’enseignant.e distribue la parole, et iel peut s’exprimer si un argument patriarcal ne suscite aucune réaction de la part du groupe « féministe ». Iel intervient immédiatement en cas de propos insultants ou discriminatoires : la liberté d’expression a des limites, elle est encadrée par la loi. Il veille également à ce que la parole soit bien répartie entre les filles et les garçons – les garçons ont souvent tendance à couper la parole aux filles (manterrupting).

On peut également proposer des énoncés qui n’opposent pas de manière aussi caricaturale un groupe « patriarcal » et un groupe « féministe », comme « aimer nous rend plus faibles » ou « le couple ne peut pas échapper aux rapports de domination ».

Durée : une heure. En une heure, on peut faire réfléchir les élèves à trois ou quatre énoncés.

D’après moi, ce type de débat doit absolument être accompagné d’une formation, qui peut intervenir avant ou après le débat.

Si elle intervient avant, cela permet aux élèves d’utiliser les ressources vues en classe au cours du débat, donc d’élever le niveau du débat et de vérifier ce qu’ils ont compris.

Si elle intervient après, cela permet de ne pas influencer les élèves et de cibler la formation sur les arguments patriarcaux qui ont été donnés par certains élèves, pour mieux les déconstruire. Par exemple, si un élève a tenu un propos homophobe, on peut étudier des documents qui combattent l’homophobie.

Dans les deux cas, on peut demander à un.e élève de prendre des notes pendant le débat, et de faire un bilan à la séance suivante. Il est important de revenir sur ce qui a été dit.

Classe non-mixte (ou presque) : discussion libre

J’ai organisé cette discussion dans une classe quasiment non-mixte.

Après avoir montré différentes ressources aux élèves, je les ai laissés échanger entre elles et eux.  

Un.e élève était chargé.e de la médiation, et un.e autre de la prise de notes.

J’intervenais de temps en temps, en me plaçant au même niveau que les élèves : je levais aussi la main pour demander la parole.

Au cours suivant, en classe entière, les deux élèves chargé.es de la prise de notes ont dressé le bilan de chaque discussion, ce qui a permis de mettre en commun et de comparer les idées des deux groupes. J’ai clarifié certains points. Les élèves ont noté les idées essentielles. Enfin, nous avons cherché les liens avec les notions du programme, comme le sujet, autrui, la justice et le droit, la liberté, la culture, la matière et l’esprit.

Durée : 20 à 30 minutes

C. Bilan du débat et des discussions

Pour vous donner une idée du déroulement d’une séance, voici un google doc avec les comptes-rendus d’un débat mouvant et de deux discussions libres :

https://docs.google.com/document/d/1_wn89qDkctC-1fOmav7k2LELHATOc0vL0aVTTIsxpmE/edit

D. Prolongements

Les élèves ont réalisé un spectacle sur les stéréotypes de genre (« Pas mon genre »), composé de trois sketchs qu’ils ont joués pendant la semaine artistique devant une centaine de camarades :

  • une scène de harcèlement de rue avec une inversion des rôles féminins et masculins
  • une rencontre entre les filles de la vie réelle et les filles de la publicité, avec une vidéo réalisée par les élèves intégrée dans le sketch
  • un procès contre des personnes innocentes condamnées pour leur genre ou leur orientation sexuelle, par exemple une femme victime de viol condamnée à épouser son violeur

Après le spectacle, il y a eu un temps d’échanges avec le public.

Par ailleurs, un petit groupe d’élèves a réalisé des émissions sur le sexisme pour la webradio du lycée, avec l’aide des documentalistes.

http://sainthilairelaradio.weebly.com/

00’ 32” – 04’ 33” : le harcèlement de rue, par Louna (micro-trottoir auprès des élèves du lycée)

14’ 30” – 17’ 17” : la domination masculine, par Margaux (avec la participation de Christopher)

17’ 38” – 18’ 55” : l’homophobie, par Maeva et Christopher

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