Stage GFEN philo 2021 : complotisme, une pandémie mentale ?

Le secteur philo du GFEN organise un stage de formation du 27 au 29 août 2021 en Bourgogne sur le thème suivant :

COMPLOTISME : une pandémie mentale ?
L’idéal du rationalisme en question

« M’sieur, M’dame, vous avez vu, il paraitrait que… ». Et s’avancent : les Illuminati, les Extraterrestres, les Juifs, les Franc-maçons. Nous soupirons. Mais à leur suite : la CIA, le Grand Capital, la Russie, Bilderberg, Zuckerberg. Nous nous agaçons, un peu tentés quand même…Mais l’esprit critique ne s’arrête pas là : faits alternatifs, nouvelles technologies, experts, hommes -et femmes ? – politiques… Nous hésitons : soupçon légitime ou dévorante folie destructrice ? Tout cela est-il à ce point délirant que nous puissions l’écarter si facilement, d’un grand éclat de rire, d’un mépris, d’une exclusion ? Toutefois l’ogre n’est toujours pas rassasié : scientifiques serviles, intellectuels mondains, artistes contemporains, enseignants obéissants. Nous paniquons, cette fois, désemparés. Même nous ? Se défient-ils aussi de
nous, et désormais a priori ? Est-ce défiance, est-ce défi ?

Mais les profs, et de philo en particulier, quand même ! Ne sont-ils pas les non-dupes par excellence?
Ne sont-ils pas celles et ceux qui émancipent de l’obscurantisme par les lumières de la Raison ? N’était-ce pas en effet cela même que nous les invitions à pratiquer : penser par soi-même, cultiver le doute, et
méthodiquement encore ? Aller au-delà des « apparences », dévoiler les intérêts cachés sous les « idéologies », apprendre à critiquer même les grands auteurs de la tradition, ne pas s’en laisser conter ?
Le complotisme n’est-il pas alors, d’une certaine façon, notre succès le plus éclatant ?
Certes, nous pourrions dire, simplement, avec Boileau : « hâtez-vous lentement ; et sans perdre courage, vingt fois sur le métier reprenez votre ouvrage ». Reprendre donc, encore et toujours, la distinction du croire et du savoir, de la science et de la foi, du fait et de la valeur, du Logos et du muthos, de la source et du commentaire. Mais n’est-ce pas là courir à l’échec programmé, à l’exaspération, à la haine même envers nos élèves, faute d’avoir bien compris ce dont il est question ici? Et par comprendre,
que faut-il entendre en cette occasion ? Que les raisons invoquées par les esprits conspirationnistes -loin d’être toutes crétines- n’en épuisent pas les causes ? Qu’il faut aller voir du côté des sciences sociales, de la psychanalyse, de l’anthropologie ? Soit, mais tout cela nous permettra-t-il de recouvrer cette foi en la rationalité que nous tentons de porter ? Question qui en vise une autre, plus risquée encore : ne serait-ce pas l’affirmation rationnelle en elle-même, prise en soi, présentée comme une vérité hors de tout contexte, qui est creusée d’un manque essentiel ? Ou bien serait-ce la parole, ici et maintenant, de l’enseignant rationaliste ; sa voix, son regard, son désir, qui est affecté d’un radical discrédit ?

Poussons plus loin encore ce risque : cet esprit critique, ce doute, que nous encourageons chez nos élèves, faut-il l’amener à l’hyperbole et suspecter la Raison même d’être l’ultime et affolante tromperie ? Penser donc qu’il n’y a de foi en la raison que collée d’une obscure irrationalité ? Qu’il est fou de croire en la force intrinsèque d’une démonstration ? Que deviendrait alors notre idéal d’émancipation ? A moins qu’il ne faille emprunter l’autre chemin, celui de l’auto-critique, du doute concernant cette fois la position
subjective du Maître : qu’incarnons-nous, singulièrement, nous autres, profs de philo ? De quelle éthique -ou de quelle politique ?- puisons-nous notre geste professionnel? En sommes-nous bien conscientes, conscients ?
Avis donc à tous les rationalistes qui goûtent au risque extrême de la puissante et contagieuse irrationalité ; partageons ces questionnements, explorons-les jusqu’à la lie, -à l’hallali ? – , à coups de ciseaux, de marteaux si nécessaire, avant en tout cas de remettre trop aisément -et vainement ?- l’ouvrage du concept sur le métier du pédagogue. Retrouvons-nous dans un cadre joliment bucolique et sagement alcoolisé (la Bourgogne), dans l’ambiance toujours fraternelle -c’est notoire ! -, du GFEN.

Modalités d’inscription dans le flyer ci-dessous :

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